Rencontre du 3ème type avec Clément Garnung

27/03/2017

La vie est faite de rencontres nous dira-t-on. En voilà une belle.

C’est confortablement installé, sur un joli canapé au 5 rue de l’épée que nous avons discuté. Petite dédicace, belle taverne Gutenberg.

Clément est un jeune artiste Bordelais, un être passionné et passionnant, plein de beaux voyages et disposant d’un sacré bagage culturel. Sorti d’une école d’architecture, l’artiste prend un malin plaisir à mêler structure et spontanéité. On a donc discuté des arts et des sociétés, des origines et des influences, des situations actuelles et des changements possibles… Rencontre.

Ta dernière installation à la Taverne est portée sur les rencontres, tu y explique comment ces dernières te construisent. Quelles ont étés les rencontres majeures de ta vie ?

Commençons par le commencement, mes parents. Je leur dois beaucoup et c’est indéniablement la première rencontre qui a induite ma manière de concevoir toute les suivantes.

Jacob Yacouba (artiste peintre) a également été une belle rencontre de vie. Il m’a beaucoup aidé, inspiré, appris.

Tes parents voyageaient beaucoup ?  

Énormément oui, j’ai d’ailleurs vécu à Saint Louis (Sénégal) toute mon enfance. J’ai fait beaucoup de rencontres là-bas. Des gens qui ont influencés mon art, ma vie. Jacob en a fait partie. Je l’en remercie.

Quelles autres personnes t’ont influencé ?

Guy Le Noir est une personne très importante pour moi. Ce mec est la référence en terme d’échange artistique entre l’Afrique et l’Europe. Au passage, c’est son vrai nom, paradoxalement parlant, il n’y pas de vannes vaseuses. Il m’a beaucoup inspiré dans mes divers projets.

Ça fait très nom de pirate voguant sur son voilier, bouteille de rhum à la main. C’est un artiste ou un loubard des flots ?

A la base, c’est un metteur en scène ! (Le flair légendaire …) Son premier projet artistique était incroyable, le BBK. Il a pris 50 artistes africains, 50 européens et un bateau. Le but était aussi simple qu’efficace.

Pendant un mois, ils ont fait une croisière en faisant escale dans les plus gros ports africains et le bateau se transformait en lieu d’exposition, de concert. (Je me disais bien qu’il y avait une histoire de bateau)

 

On sent donc les influences … Tu as fondé en 2012 Cargo 209, une association visant promouvoir l’échange interculturel via l’art. Quel lien entretiens-tu aujourd’hui avec l’Afrique ?

Je me sens concerné par ce continent. Quand on a monté Cargo, on s’est rendu compte qu’en France, dès que tu vas chercher des investissements publics, il est en fait question de politique. Avec nos échanges, on voulait s’attaquer aux causes des problèmes, pas aux conséquences contrairement à ce qu’il se fait beaucoup aujourd’hui.

Avec notre méthode, on s’est également rendu compte que les causes venaient de nous (Européens) donc si nous ne changions pas, eux, ne peuvent pas évoluer. Quand tu dis ça aux financeurs, ça ne passe pas.

 

Tu es choqué par la façon dont la France gère ses relations avec l’Afrique par exemple ?

Bien sûr. Je suis Français, j’ai vécu là-bas et avec Cargo en plus, j’ai pu le constater. Nous sommes le pays qui pille le plus l’Afrique. Le plus grave dans tout ça, c’est qu’on fait ça depuis tellement longtemps que ça en devient normal.

Comment te perçoivent-ils en tant que petit Frenchie ?

L’ironie est à son comble, là-bas, en tant qu’Européen, toutes les portes te sont ouvertes. Ils octroient une légitimité d’emblée aux étrangers. Dans l’art par exemple, il y a vraiment cet aspect d’acheter l’art « de blanc ».

Cargo a pour objectif de faire évoluer ça ?

Tous mes projets ont pour vocation de créer une relation équitable. Ouvrir la voie à des artistes africains qui ont le potentiel de faire bouger les choses.

Comment vois-tu l’art dans nos sociétés modernes ?

L’art est l’expression de la condition humaine. C’est le rôle premier de l’art. C’est pour ça que j’ai du mal avec l’art contemporain, ça s’est très éloigné de cette condition première.

L’art peut-être une arme selon toi ?

Les USA ont gagné la guerre froide grâce à Warhol notamment, ce n’est pas pour rien.

La CIA l’a propulsé en achetant ses œuvres à des prix exorbitants aux enchères par exemple. Les Rolling Stones ont fait également partie de la stratégie : vaincre par la culture. En ce sens, l’art est indéniablement une arme de poids.

Comment mélanger tout ça, comment l’art peut être vecteur de changement ?

Pour reprendre l’exemple de Cargo, on tient beaucoup au lien entre entre art et science. Un spécialiste en science est tellement spécialisé que c’est compliqué pour lui d’intégrer de nouveaux paramètres dans ses recherches. L’art apporte ça. Le fait de pouvoir mixer recherches universitaires et artistiques est source d’innovation.

Pourquoi a-t-on du mal à innover socialement en France selon toi ?

On a peur du risque et ce dernier induit l’énergie, chose capitale au bon fonctionnement d’un projet. C’est dur en Europe d’être spontané. Vu qu’on n’a pas cette culture, c’est encore plus compliqué d’entreprendre. On doit enlever la muselière.

Et comment ?

Le capitalisme est basé sur la croissance infinie, mais pour le coup, ça, c’est une utopie. Il faut qu’on trouve un équilibre dans nos sociétés, pas une croissance sans fin. C’est la solution selon moi !

Des exemples de sociétés telle que tu la vois dans un idéal ?

J’ai beaucoup bossé au Canada. Pour le coup, j’ai adoré. Je me verrais bien vivre là-bas. Montréal est en train de voler la vedette à NY artistiquement parlant. Au Canada, dès qu’un artiste fait une expo, on le paie, on les considère comme un penseur de notre société.

Le mot interculturalité a été théorisé là-bas. C’est la seule ville au monde où les échanges artistiques sont considérés comme une science comme on en parlait tout à l’heure justement. En ce sens, ces gens m’inspirent beaucoup.

Comment ramener un bout de Montréal en France ? Des idées, des projets ?

FORCÉMENT ! En septembre 2018, j’ouvre un lieu en Gironde, à côté de St Émilion.

Mmmmmm … On peut en savoir un peu plus ?

Je crée un lieu alternatif mêlant plusieurs dynamiques entrepreneuriales autour d’une grosse résidence artistique internationale. Dedans, nous pourrons y retrouver une structure d’ingénierie, un projet rassemblant plusieurs boites autour de l’éco-construction, un projet agricole disposant de son restaurant et foodtruck.

Mais aussi un projet éducatif de grande ampleur auprès des scolaires de la région, une dynamique touristique avec Bordeaux et St Emilion et enfin … un lieu de création artistique accompagné de sa programmation évènementielle culturelle.

 

Merci pour cet échange.

Retrouvez Clément le 31 Mars au 59 Rivoli pour une exposition en collaboration avec la Taverne Gutenberg.

Facebook : Clément 3

Son site : https://www.clement-garnung.com/

L’asso’ : http://www.cargo209.org/

Mais aussi …

De mai à juin à la mairie Cap ferret

De juillet à aout à l’occasion du festival de Jazz de Marisac

De septembre à décembre à Johannesburg

 

Je veux voir ça demain

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Par La Salopette

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