L’art kinbaku (bondage) d’Amaury Grisel

06/02/2015

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Il y a quelques années, au détour de mes pérégrinations facebookiennes, j’ai découvert bondageisnotacrimeparis. Le blog d’Amaury Grisel. C’était ma première rencontre avec le Kinbaku, l’art japonais d’attacher les corps.

Après avoir admiré les formes que les cordes donnaient aux corps, j’ai vite compris que l’originalité de ces photos était dans la transposition de cet art ancestral étranger dans notre monde contemporain : Amaury Grisel lie avec beaucoup de sensibilité deux esthétiques extrêmement éloignées : le raffinement du milieu SM et la brutalité de l’urbex et du street art, deux formes de pensées qui ne se rejoignent que dans leur marginalité et le sentiment de liberté qui les habite.

Cette esthétique particulière, doublée de la perfection des prises de vues était, en soi, suffisante pour écrire quelques belles lignes. D’ailleurs, c’était ce qui était prévu avant que je ne rencontre l’homme caché derrière l’artiste. Parce qu’il me manquait tout de même quelque chose pour entrer dans son univers : ce petit je-ne-sais-quoi qui donne tout son sens à un travail plastique, cette «  manière d’être au monde » qui fait un artiste. Il a appelé ça « exploration ».

C’était parfait. C’était justement le chainon manquant entre urbex, queer et photographie. Le petit concept de rien du tout qui transforme la mise en scène photographique en documentation anthropologique : en donnant à voir ces corps apaisés par les cordes, Amaury témoigne de son rapport au modèle, d’une complicité, d’un corps à corps, de l’éternelle dialectique du maître et de l’esclave, mais il documente également la beauté dérangeante des usines désaffectées.

On assiste à un instantané intime, mis en lumière dans l’intimité d’un lieux oublié, caché des regards, où évolue une humanité simple, avide de plaisirs et d’apaisement, et il suffit d’observer le contentement dans les yeux des modèles pour se sentir l’envie d’expérimenter le lâcher prise, laisser cet inconnu sculpter nos corps de marionnettes en en tirant les cordes.

Se transformer en morceaux de chair, figés quelques minutes par les liens, figés éternellement par l’appareil photographique. Figé, car ces corps deviennent objets, sculptures, soumis aux envies de l’artiste, ce dominateur qui se retrouve a la merci de son esclave et du plaisir qu’il lui procure.

 

Facebook : https://www.facebook.com/amaury.grisel.photographe

Tumblr : http://bondageisnotacrimeparis.tumblr.com/

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Je veux voir ça demain

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Par La Salopette

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