Edouard Scarfoglio

26/05/2015

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Edouard Scarfoglio aka «  Edge » découvre le graffiti dans les années 80. Au travers de cette pratique, il a su orienter au travers de cette pratique, la peinture sous toutes ses formes passant du simple mur à la toile, en déployant diverses techniques tels que l’aérosol, l’acrylique et la peinture à l’huile. Les années 90 seront celles de l’apprentissage, non seulement des techniques et de l’histoire, mais aussi, de la composition par la représentation de la figure humaine, sur toile et dans la rue. En 2000, il commence un travail sur la place de l’homme en tant qu’entitié individuelle dans le magma de nos sociétés modernes .

Pour la Salopette, cet épris d’art nous évoque son parcours, sa découverte du graffiti, ses inspirations et ses différentes démarches artistiques.

Présentez vous en quelques mots

Edouard Scarfoglio aka EDGE. Peintre, je suis né et je travaille à Paris.

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Comment est née votre passion de l’art ?

Par la pratique du tag, dans la seconde moitié des année 80. A cette époque, on assistait au balbutiement de ce qui s’avère être un des plus important mouvement artistique de ces dernières décennies. Je taguais dans les rues, c’était comme un moyen de m’approprier un espace urbain dans lequel je grandissais. Une façon d’être un acteur de l’environnement, et pas simplement un passant quelconque. Envie irrépressible de laisser sa marque dans la ville, c’est le moteur du tag. Entre égotrip et besoin d’affirmer son humanité dans un univers de béton et de gaz d’échappement. J’ai grandi aux Olympiades, dans le 13ème arrondissement, sorte de paroxysme de l’urbanisme, l’apologie du béton sur plusieurs hectares. C’était mon terrain de jeux. Quand j’ai découvert le bouquin d’Henry Chalfant et Martha Cooper, Subway Art, j’ai pris une claque. J’ai compris tout de suite l’importance du mouvement graffiti, et je me suis rendu compte qu’il avait déjà une histoire qui avait débuté avant ma naissance, au début des années 70 à New York. C’était passionnant. Pendant plusieurs années, je me suis contenté de tagger et de visiter quotidiennement la plupart des terrains vagues du sud de Paris où déjà pas mal de graffeurs venaient régulièrement peindre.

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A 17 ans, j’ai passé le cap, j’ai fait mon premier lettrage en terrain. Genre esquisse, tu t’appliques…plusieurs couleurs… Ça a été la vraie révélation. Je veux dire que j’ai peint pour la première fois. Jusqu’alors la peinture m’apparaissait comme une pratique poussiéreuse destinée à quelques obscurs musées fréquentés par de vieux intellos. Mais à partir de ce moment là, j’ai réalisé que le graffiti entrait dans le champ de la peinture et que dans ce domaine, tout est possible. Pour la première fois de ma vie, je me suis dit : « je veux peindre…tout le temps…le plus possible… »C’est donc le graffiti qui m’a mis le pied à l’étrier. A partir de là, je me suis intéressé à d’autres formes de peinture. J’ai écumé les expos et les musées. J’avais soif de connaissances en la matière, j’ai découvert des artistes magnifiques et la richesse de l’histoire de l’art.

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Y’a t-il des artistes en particulier qui vous ont inspiré dans votre travail?

Plein. Des classiques italiens à l’arte povera et le pop Art en passant par Coluche, Bacon, Duchamps, Ernest Pignon Ernest et tout un tas de graffiti Artist, mais au delà de ça, ma production est aussi très influencé par la B.D, ou le cinema… Devenue un laboratoire artistique, la rue est un lieu où vous avez commencé vos premières œuvres dans les années 90 par l’intermédiaire du graffiti.

Peut-on en savoir un peu plus sur vos débuts ?

Dans la première moitié des années 90, Paris était retourné… Difficile de trouver quelques centimètres carrés pour poser un tag. Les crews fleurissent de partout, il y a des centaines de taggers, voire des milliers. C’est à cette période que s’affirme le mouvement Hip Hop en France, avec la sortie des premiers albums de rap français. Et même si je me sens totalement concerné par cette actualité, je commence à produire des toiles, ce qui, à l’époque, est assez marginal. Je m’intéresse de plus en plus au dessin, notamment le dessin de nu, et à la peinture classique. La production sur toile me permet aussi de peindre tous les jours, alors que les sessions de graffiti en terrain avec des potes sont plus espacées. Je multiplie aussi les expériences techniques, je découvre peu à peu l’acrylique et la peinture à l’huile. (Je suis un des rares, je crois, issu de ce mouvement, à avoir une production à l’huile. Mes premières toiles qui passeront aux enchères dans des ventes d’art urbain à partir de 2007 sont des huiles, et c’est complètement inédit à ce moment là.).

En 1993, je commence à produire pas mal de nus sur toile, et parallèlement, je commence un travail différent dans la rue que ce que j’avais fait jusqu’alors. Je travaille sur des séries de nus au lavis à l’huile sur du papier calque que je colle dans la rue. C’est une démarche inédite à ce moment là, et ça me permet de me démarquer, de ne pas faire comme tout le monde. C’est une rencontre entre la rue et la pratique de la peinture, une dialectique entre le mur et la représentation du corps.

Je me passionne pour ce travail, et j’en fais le sujet de ma maîtrise d’Arts Plastiques que j’obtiens en 1997 à la Sorbonne avec la mention très bien. Ce doit être un des premiers mémoire de maîtrise consacré à la pratique de l’art urbain. Aujourd’hui, j’imagine qu’il y en a plein. J’ai travaillé sur ces séries jusqu’à la fin des années 90, à Paris, mais aussi en province.

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Pouvez vous nous expliquer les différentes étapes dans la conception d’une toile ?

Une toile, c’est d’abord pour moi une vision. J’ai une image mentale de la toile dans son ensemble, et dans sa version définitive. Je vais alors travailler pour rendre cette vision palpable.En fonction du propos de la toile je vais être amené à utiliser divers documents iconographiques, mais je vais aussi créer mes propres images en faisant poser des modèles, pour coller le plus possible avec mon projet.

La suite est un travail d’esquisse et de mise en peinture, de jeux entre diverses techniques comme l’acrylique, l’aérosol et la peinture à l’huile.

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Dans les années 2000, votre travail a mis en avant la place de l’homme en tant qu’entité individuelle dans le magma de nos sociétés modernes. La rue est devenue un espace où vous avez utilisé le collage comme outil de diffusion pour évoquer le lavage de cerveau des médias dans nos sociétés. Pourquoi un tel changement dans votre travail artistique ?

A la fin des année 90, je me suis beaucoup servi de la chronophotographie d’Etienne Jules Marey et d’Edward Muybridge pour représenter l’homme figé dans un mouvement. Esthétique du corps humain stoppé en plein vol.Au début des années 2000, j’ai travaillé sur une série de toiles composées uniquement de chiffres, de lettres et de fragments photographiques.Chaque tableau représentait via des fragments de photos transférés sur toile un individu en pied, nu, de face, les bras le long du corps et le regard masqué. Toutes les toiles faisaient la même dimension, deux mètres de haut par cinquante centimètres de large, et les personnages étaient placés dans un décor sombre, en perspective qui évoquait une boite…comme un cercueil. Sur eux s’étalaient verticalement et horizontalement des suites de chiffres, de codes qui étaient en quelques sorte les données de chaque personne. Leurs numéros de sécurité sociale, leurs mensurations …etc. Mon propos était à l’époque de mettre en évidence la déshumanisation de l’individu, broyé par le système qu’il a créé. D’une entité sociale, il devient une suite de chiffre, un code, un numéro.Chaque tableau était un portrait fidèle, réaliste, de la place de l’humain.

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Le début des années 2000 marque aussi un tournant, il me semble dans l’évolution de notre société. C’est l’avènement de la télé réalité. La France se passionne pour un nouveau genre de variété…Loft Story. Des abrutis sans talents envahissent le petit écran, et Oh stupeur tous mes concitoyens ont l’air de cautionner ça. Record d’audience. Je suis affligé. La motivation affichée des organisateurs ainsi que des participants de ces inepties est l’appât du gain. L’appât du gain comme un nouvel idéal. L’abêtissement des masses semble être un des moteurs du grand capital Le règne de l’argent roi, tout puissant. Les financiers deviennent les nouveaux parrains de la planète à l’heure de la mondialisation. Ceux la même qui plongeront une partie du monde dans la misère en 2007 , sont en ce début 2000 les prophètes du dieux Argent.Le monde que je vois se dessiner devant moi à ce moment là, va à l’encontre de mes convictions et de mes valeurs. Il est juste flippant.

La série que je prépare alors parle de ça. J’imprime des centaines d’affiches représentant un téléviseur qui délivre son vrai message, son seul message : CONSOMME !  …. DORS ! ….. NE PENSE PAS !…. LOBOTOMIE !…Je placarde ces affiches dans la rue… Acte artistique de l’ordre de l’in situ et militant. Une fois de plus sur ce projet, la rue est un laboratoire, et l’expérience est concluante. A chaque session de collage, les passants, M. et Mme tout le monde, témoignent leur solidarité vis à vis de mon intervention…

J’aime beaucoup ce principe qui consiste à associer un concept artistique, celui de l’intervention dans la rue en l’occurrence, et une valeur militante, ou politique. En ce sens que les artistes doivent jouer je pense, un rôle important dans l’évolution de nos sociétés.  C’est ma philosophie depuis que j’ai commencé à utiliser la rue comme support… Plus d’Art ! Partout et pour tout le monde ! J’ai depuis produit plusieurs séries de visuels sérigraphiés sur papier que j’ai placé un peu partout à Paris, comme « Vote DarkSide » ou « Legalize Brain »…ou encore « Save The Planet – Legalize Brain »…

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Quels sont vos projets d’avenir ?

PEINDRE !

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Un mot de conclusion ?

Il n’y a que l’art qui puisse sauver l’humanité.

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Je veux voir ça demain

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Par La Salopette

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