Thomas Tardivo – « Pour arracher de la force à l’inerte »

08/09/2015

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Thomas Tardivo est sculpteur, créateur de formes et d’objets inspirés de l’observation de la nature qu’il sacralise par la technique, le geste. Originaire de Tours, il est diplômé de l’Ecole Nationale Superieure des Beaux Arts de Paris en 2013. Il vit et travaille encore aujourd’hui dans la capitale.

« Pour arracher de la force à l’inerte » (emprunté au poète Claude Royet Journoud), c’était le titre de sa première exposition personnelle au Pavillon Des Indes de Courbevoie en août dernier. Usant de la scénographie et du vocabulaire classique de la mise en exposition, il nous y proposait un regard sur des objets bruts, ces éléments de la nature dont l’enfant se saisit pour créer son imaginaire.

Le travail de ce jeune artiste donne à contempler une matière, une forme « autogénérée », créée par la nature ou recréée par l’être humain copieur : cristallisation du sel, bois rongé par les castors, souches d’arbres ou cailloux … La forme « sauvage ». L’objet brut. Dans  » Devant, un mur », cette volonté se manifeste clairement : des pierres tombées d’un mur sont dorées lors d’un happening puis reprennent leur place dans la construction. Cette technique de sacralisation empruntée à la chrétienté permet paradoxalement de diriger le regard sur le mur, brut. N’ayons pas peur des mots : je crois que « sacralisation » est réellement le maître mot du travail de Thomas Tardivo.

Devant, un mur 1

La collection est également un aspect important de sa pratique : Thomas est un petit garçon, il part en balade, creuse un trou, y trouve des cailloux et les garde précieusement, dans un tiroir. « Quand tu creuses un trou, tu sais que tu vas trouver des cailloux, mais est ce que tu ne vas pas trouver une pépite ? ». C’est un trésor. « Non, un butin de conquistador … Ou de pirate »

Mais … Et si la pépite, c’était justement le cailloux? Cet objet universel par excellence, qui ne porte sa singularité qu’au moment où il s’expose dans une vitrine? Se pose alors l’incessante question de la quantité : Thomas estime qu’il « vaut mieux avoir vingt marrons qu’un seul parce que vingt marrons ont plus de valeur qu’un seul ».

pots

De « Là où dormaient les pierres », ce trou de Peter Pan, ce sont donc des dizaines de cailloux qui sont extraits, puis méticuleusement ordonnées et photographiées à la manière d’un archéologue au sortir d’une fouille. Ces images, maigre « butin » de l’artiste chercheur nous touchent par leur simplicité, mais à travers ces beaux clichés, n’est-ce pas simplement le trou, ou plus encore la forêt où il a été creusé, qui sont donnés à voir ?

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Le trou, la boîte, le cadre photographique, le pot … Le « contenant » donc, me semble également capital dans le travail de Thomas car il permet de présenter les choses. Reliquaire ou écrin, le plasticien y met les objets qu’il veut partager. Une demi-sphère en acier inoxydable industriel devient ainsi le théâtre d’un marais salant miniature : « Saline »

Cependant, ce contenant finit quelques-fois par se suffire à lui-même. Il prolifère. Il devient peuple. Tourné à la main, « Pots » est l’éloge de la technique par excellence, celle qui permet aux formes de se créer toute seule. Mais en filigrane, c’est surtout la main de l’artiste qui est donnée à voir : cette main contemplative qui se contente de soutenir la matière, donnant à voir les formes de la nature. Et à travers cette main, c’est le monde qui nous entoure qui est montré : le « Pays Imaginaire ».

Site : www.thomastardivo.com/et Facebook

5_Saline screen

Je veux voir ça demain

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Par La Salopette

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