Slika – De la galerie d’art au café barista

14/05/2016

Ca ne t’est jamais arrivé de marcher mains dans les poches, le regard perdu , puis de bloquer sur un détail, une personne ou même un lieu ? C’est l’expérience que nous avons véce au cœur de la Presqu’île de Lyon.

« Slika » vient du Serbe qui signifie « peinture ». Et alors ? Et alors tout part de là Cher Ami ! À première vue une galerie d’art, à seconde vue bien plus encore, Slika est dévoué aux artistes qui tirent leur inspiration de la rue, mais s’évertue aussi à proposer un endroit calme avec du bon son pour te permettre de te poser autour d’un excellent café. 

Afin d’en apprendre plus sur les mystères que recèle la galerie, nous sommes allés à la rencontre de Jérémie Masurel, le fondateur (l’inventeur même !), des lieux.

D’où te vient ce double amour de l’art et du café ? Comment tu arrives à gérer cette relation à trois ?

Pour ce qui est du café… Je n’en étais pas un grand amoureux. Mais quand j’ai bu un café à « Mokxa la boîte à café », je me suis rendu compte à quel point il pouvait être très très bon. Il y a plus de 800 saveurs dans le café et avec un vrai métier qui est celui de barista. Je me suis plongé dedans et je me suis formé sur le tas au métier : retour à un produit noble, à du goût, à des sensations à travers le café. Et je trouve que c’est assez convivial.

Et l’art, c’est par éducation. Mon grand-père était mécène et mon père a perduré, a continué naturellement dans cette relation de mécénat. J’ai toujours été au contact de pas mal d’artistes.

C’est pas trop compliqué d’arriver à gérer les deux, de trouver le juste équilibre entre les deux ?

Si. En terme de temps, ça me fait de grosses journées. Je suis là du lundi au samedi, de 9h à 19h, mais en même temps c’est un projet qui me passionne. Les jours passent très très vite.

Mais ce n’est pas dès l’instant qu’on va au boulot le sourire aux lèvres chaque matin, qu’on peut se dire qu’on a trouvé notre voie ?

Oui exactement. C’est ça l’idée. Après le jour où ça me soulera c’est sûr que j’arrêterai parce que c’est beaucoup de sacrifices, beaucoup d’énergie, beaucoup d’argent. Si t’as pas la foi ni la passion qui vont avec, ça marchera pas. Mais en tout cas, c’est pas près d’arrêter !

Tu nous as raconté que lors de la précédente expo, tu avais réussi à réunir deux crew rivaux. Donc en partant de là, je suppose que chaque expo a son histoire, son univers, non ?

Oui, il y a un thème, une histoire, une rencontre… Une expo, elle arrive à un feeling, une sensation, quelque chose qui m’amène à la choisir ou pas. Il y a toujours un sentiment.

Après, il ne faut pas non plus être utopiste. Il y a aussi une question de rentabilité mais le café m’aide à m’en détacher le plus possible en me permettant de rentrer sensiblement dans mes charges et d’avoir plus de liberté quand je choisis une expo.

Alors justement, comment tu arrives à définir une direction artistique ?

Je ne m’intéresse qu’à des artistes qui ont peint dans la rue, qui sont nés autour du tag, du graffiti et qui en sont arrivés à des travaux beaucoup plus loin du lettrage. C’est ça qui m’intéresse, que je me tue à démontrer. Ce sont des mecs qui ont commencé par le vandal, le graff et qui ont fait ça pendant 10, 15 parfois 20 ans ! Et au final, même si ne j’aime pas faire rentrer les gens dans une case, ce sont des artistes à part entière.

Certains choisissent de continuer en tant que graffeur dans la rue et moi, j’adore ces mecs là aussi ! Ils ne veulent pas travailler en galerie parce qu’ils défendent la pureté de ce mouvement, se découvrent une âme.

Est-ce qu’il y à une fréquence prédéfinie pour les expos ?

Environ un mois, un mois et demi. Ça dépend des artistes, du calendrier ou si j’ai, entre deux expo, la possibilité d’avoir une autre activité, une petite expo que j’aime bien caler entre temps en cas de feeling avec un autre artiste.

On parlait tout à l’heure d’avenir. Nous on aime ça, on espère que le tien sera heureux. Mais justement, qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter pour le futur de la galerie ?

Dans l’avenir, je pense que Slika sera toujours à la fois un coffee shop et une galerie d’art. J’aimerais continuer sur ce schéma là. je n’ai pas vocation à en faire un business de malade ou une franchise… Je veux rester près de mon projet. C’est un peu un bébé. Donc s’il y a un Slika 2.0, ce sera un Slika plus grand mais toujours sur Lyon puisque le projet vit très bien ici.

C’est comment d’entreprendre dans l’art en 2016 ?

Je ne sais pas si j’entreprends dans l’art en 2016. Je suis assez détaché de ces grandes lignes. Je me lance dans le projet. Si j’avais écouté tout ce qu’on m’avait dit… Il y a beaucoup de gens m’ont dit que monter une galerie d’art aujourd’hui, à tout juste 30 ans, était un projet fou. Mais je suis allé au fond de mes convictions.

C’est sûr que le marché de l’art fluctue beaucoup mais j’ai plus des notions « d’arriver sur le marché et construire autour ». Ce sera peut-être pire, ce sera peut-être bien. Ce n’est pas toi qui choisit le moment où tu vas arriver. Parce que si tu attends, ce ne sera jamais le bon moment.

Alors, on m’a dit que le street art à Lyon n’était pas vraiment dans les mœurs, en tout cas pas à l’origine. Qu’est-ce que tu en penses ? Comment tu trouves le paysage lyonnais, son street art.. ?

Si on parle de street art, moins que Paris. Mais si on parle de graffitis, de tag, si quand même ! Il y a une bonne scène avec des mecs ultra connus. On peut citer Omick, Spé ou Solie par exemple. Certains ont vraiment cartonné à Lyon. C’est quand même bien peint, bien défoncé. En terme de graffitis et de tag, on n’a pas à rougir !

Selon toi, comment on est passé du graffiti, qui est à l’origine du vandal, au street art d’aujourd’hui qui est accepté par le grand public ?

Déjà la manière dont je le vois, ce sont deux choses différentes. Pour moi, le street art c’est une fresque, un pochoiriste, un muraliste. C’est tout ce qui est plus ou moins légal. Et encore… Par contre ce qui est évident, c’est que le graffiti ne relève pas du street art. Beaucoup de gens emploient ce terme de manière générique et au final ça ne veut plus dire grand chose. Ça ne colle pas avec la galerie Slika.

Je pense que les gens n’ont toujours pas compris ce qu’étaient le graffiti et le tag. Pour 90% des personnes, le graff c’est ce qui emmerde quand il est fait sur une porte. C’est complètement compréhensible. Je ne demande pas à tout le monde d’adhérer. Par contre, tout le monde aime les grandes fresques parce que ça a un impact complètement visuel. Mais selon moi, le fond est un peu plus creux que le graffiti et le tag.

Mais j’ai du mal à scinder et à attribuer à certains artistes, un certain mouvement. Ça me dérange un petit peu. Ce sont des artistes qui vont maintenant peindre ou pas dans la rue, continuer ou pas continuer.. C’est ça qui est important.

Pour finir, quels sont tes derniers coups de cœur en terme de café, de musique et d’art ?

Pour la musique, Gilded Glaze de Flavien Berger qui est une musique qu’on avait mise pour le vernissage de Castelbajac x THTF.

Pour le café, j’aime beaucoup plus le café africain : Etyopie, Kenya..

Un artiste en ce moment… Je dirais 108 Nero, un artiste italien qui sera là lors de la prochaine exposition dès le 20 Mai. Je l’ai invité sur deux axes : l’axe artiste qui participe à l’expo et l’axe curateur où c’est lui qui va inviter trois artistes. Ca va être une très belle expo d’artistes que j’aime énormément.

Autant pour l’art que pour le café, la finalité reste inchangée. Chacun est libre de faire, dire et penser ce qu’il en veut. La mission dont s’est investi Slika n’est pas de te convertir à un mouvement, mais plutôt d’éveiller ta sensibilité à celui-ci, de t’empêcher de sombrer dans l’indifférence et te permettre l’éveille des sens. Mais comme chaque chose, tout est une question de perception, et c’est sans doute ce qu’il faudra en retenir. 

Site : http://www.galerie-slika.com/

Facebook : https://www.facebook.com/SLIKA-229403180589567/?fref=ts

Adresse : 37 Rue des Remparts d’Ainay, 69002 Lyon

Téléphone : 04 78 62 92 90

Je veux voir ça demain

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Par julia

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