Interview du photographe Raffaello De Vito

06/11/2014

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La photographie est souvent définie telle une poésie comme l’art de figer le temps ou l’instant, pour mieux être observée. En tout cas c’est ce que diront beaucoup de photographes, artistes en bas de page ou en accueil avant de vous dévoiler leurs portfolios. En résulte des clichés souvent vus et revus !

Là où Raffaello De Vito, -photographe italien, comme vous l’aurez deviné- va plus loin avec Appartenze et Apparati, c’est dans l’habillage du sujet qui pousse à réellement observer ces  » portraits ». Il les décompose et les expose de manière médicale, poussant à l’analyse. Forcément, cet habillage a attisé ma curiosité et soulevé quelques questions, auquel il a gentiment répondu !

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Qu’est ce qui vous a poussé à découper le monde qui vous entoure de manière médicale ?

Appartenze est une série née pour une grande exposition Fotografia Europea 2012, qui a lieu à Reggio Emilia. Tous les ans les organisateurs soumettent un thème différent, et cette année là, le sujet était ‘Citizenship-life together’. (= La vie citoyenne ensemble ?) J’ai donc décidé de  » catégoriser » toutes les personnes qui m’entourent dans la vie de tous les jours, avec le but de créer une sorte d’archive personnelle visuelle. Cela aurait été comme un document, témoignant de la vie en groupe au sein d’une société, mais très rapidement,  j’ai réalisé l’hétérogénéité des gens avec qui je partageais ce monde. J’avais besoin de décontextualiser mes sujets, de les décontaminer de toutes références, origines, classes sociales ou modes.

J’ai aussi ressenti le besoin d’éliminer toutes références au temps, les rendre neutres. De sorte à ce que  les visiteurs puissent les observer de la manière la plus objective possible. Ensuite je suis tombé sur  De Corporis Humanis Machina,  de l’anatomiste flamand Andreas Vesalius, qui est une partie de son travail publié au 15ème siècle. Cela m’a dirigé vers ce type de représentation.

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On ressent la notion de voyage chez Appartenze, est ce voulu ?

Le voyage est une des clé chez Appartenze, mais mon voyage est statique. Généralement, l’idée de voyage est liée à quelque chose de dynamique. Avec Appartenze c’est le contraire. Je suis immobile et de cet endroit, j’enregistre le point de rencontre des gens, qui eux, viennent de lieux vraiment différents. Vous devriez prendre en compte le fait que Reggio Emilia est une petite ville de moins de 200 000 habitants, et c’est que durant l’année 2010/2011, était enregistré dans le registre civil des habitants, des citoyens venant de plus de 130 pays. Un petit Babel, je dirais.

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Derrière cet aspect froid et médical, il y a un désir de rendre les gens plus proches des gens et des choses qui les entourent, grâce à l’observation non ?

Il y a définitivement une intention « voyeurisme  » mais ce n’est pas morbide : J’ai une grande curiosité et un respect profond. Je trouve cela vraiment très inspirant, la possibilité d’être observé sans l’être moi même. Les photos sont imprimées en grand format ( 100x130cm). De cette manière l’observateur peut regarder la surface du visage, faire attention aux imperfections de la peau, suivre les formes d’un oeil et découvrir la magie que l’on trouve chez chaque être humain.

Nous sommes très différents et en même temps semblables. À sa manière Appartenze contribue aussi à l’extraordinaire beauté de l’ordinaire. Bukowki à dit un jour :  » Les personnes, le plus beau des spectacle sur terre. Et également gratuit !  » Vous parlez de mystère dans votre projet.

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Est ce que vous définiriez ces projets comme une série de questions ?

Le but d’Appartenze est de documenter l’évidence. C’est une représentation exempte de n’importe quelle interprétation, on pourrait même dire, que c’est une série qui suggère quelques réponses en fait. Appartenze est aussi un projet ouvert de catalogage et vous faites surement référence au second chapitre nommé Apparati.

Dans cette série, réalisée en 2013, la représentation objective des organes d’animaux (la langue, le coeur, les yeux…) introduit clairement le mystère. Au lieu de tout simplement révéler à vos yeux ce que la nature nous cache, il évoque le mystère. Je n’ai jamais vu la nourriture comme quelque chose de très esthétique, mais ça l’est en effet. Il est certain que ces séries soulèvent énormément de questions.

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La question de la fin, vu que c’est un thème étroitement lié au projet Appartenze, que pensez vous de la société actuelle ?

C’est une grande question ! Je vais essayer d’y répondre tout en ne m’écartant pas du sujet principal Appartenze. Je sens que l’ouest de l’Italie est en train de se tirer vers le bas : Elle n’est plus capable d’agir comme par le passé et est maintenant, perdue et paralysée. Elle ne peut pas proposer une vision de ce que sera le futur.  Nos villes ressemblent de plus en plus à un pré-Blade Runner city, où les immigrés semblent être des substituts.

On continue de les regarder comme des corps étrangers. Je pense que la plus grosse erreur est de considérer les enfants d’immigrés comme des immigrés eux même, cela même après la seconde et troisième génération. Une personne qui sera mise dans une position où elle n’aura rien à perdre, deviendra une personne prête à tout. La politique qui consiste à fermer les portes et frapper au visage les immigrés sera toujours un échec.

Les endroits où la politique a essayé de gérer cela en essayant de les intégrer sérieusement, ont obtenus des résultats bien plus différents. Dans notre pays, en Italie, nous avons des régions où la proportion d’habitants immigrés est au delà de 20%. Immigrés et Italiens cohabitent sans aucune tension sociale. Cela veut dire que vivre ensemble est possible. Mais ce n’est pas assez.

 

Raffello De Vito website : http://www.raffaellodevito.com

Raffaello De Vito on Behance : https://www.behance.net/RaffaelloDeVito

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Par La Salopette

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