CLEIM HARING – Lyrisme et esthétisme

08/08/2016

C’est un poète, il s’est révélé à Lyon, il est d’origine indienne, non ce n’est pas Vikash Dhorasoo mais bien Cleim Haring ! Autrefois connu sous le nom de Libre Penseur, le kickeur lyonnais sort un deuxième EP sous le nom de Cleim Haring intitulé « Suncold ». Pour toi et rien que pour toi, les deux bretelles de La Salopette sont allées à sa rencontre au Sofffa le temps d’une interview des plus sympathiques.

Tu t’es fait connaître sous le nom de Libre Penseur, te voilà sur un nouveau projet avec un nouveau nom et un nouveau personnage. C’était une manière pour toi de repartir à zéro ?

« Oui, complètement. C’était pour moi l’occasion de partir sur quelque chose qui correspondait mieux à ce que je suis. J’essaye d’être le plus sincère possible que ce soit vis à vis de mon personnage ou de ma démarche artistique. »

D’où vient ton nouveau pseudonyme : Cleim Haring ?

« Tout simplement de l’association du diminutif de mon prénom et du nom de famille de l’artiste Keith Haring. J’ai un pote qui graffait le nom de sa copine Clémence et il y a ajouté un « i ». Je trouvais que Cleim sonnait bien et avait un petit côté anglo-saxon qui correspondait plus à ce que je voulais faire. »

Repartir sur un tout nouveau projet, cela ne t’a pas fait peur ?

« Si, j’appréhendais à fond ! J’avais une fan base, j’étais proche de signer en maison de disque et j’ai fais le choix de repartir à zéro. Heureusement, je connaissais un peu de monde, je suis allé de l’avant et maintenant je suis super content d’être là ou j’en suis. »

Tu es d’origine indienne, est-ce une impression ou tu assumes plus tes origines qu’auparavant ?

« Oui c’est plus assumé mais je ne le revendique pas non plus. Effectivement, sur la pochette du premier EP « Soledad », on peut me voir poser avec un turban et il y a quelques touches qui font référence à mes racines mais je n’ai jamais voulu faire du business là dessus non plus. »

Dans ce que tu fais on sent un vrai mélange entre des influences françaises et américaines, avec des textes soignés, beaucoup de jeux sur les sonorités, des beats mélodieux et un aspect visuel hyper travaillé. C’est quelque chose que tu as recherché, ce mélange de styles ?

« Je suis très inspiré par le graphisme, la mode et la photographie qui sont des univers avec des codes établis. J’essaie de mélanger ça avec la philosophie hip-hop. Sur le deuxième EP, l’écriture n’est plus la même. « Suncold » est plus chantonné que « Soledad » et je compte continuer dans cette direction dans l’avenir. Je mélange, effectivement, ces deux styles. Je respecte la littérature et la langue française à ma manière, j’ai aussi ce flow très ancienne école mais j’ai envie que les gens se demandent si je suis bien un artiste hip-hop devant mon compte Instagram. Je n’aime pas trop les étiquettes ! »

Tu as travaillé avec Valentin Petit, qui est assez coté dans le milieu du hip-hop français, tu peux nous parler de cette collaboration ?

« Valentin c’est un ami de longue date. On avait déjà travaillé ensemble sur le clip « Deep » de Libre Penseur qui était son premier. C’est allé très vite ensuite pour lui. J’avais vraiment confiance en Valentin dès que je l’ai rencontré. C’était un gros bosseur et il était déjà très talentueux, je savais qu’il allait aller loin. Valentin savait déjà ce qu’il voulait : il a dit qu’il vivrait à Paris avant de partir aux Etats-Unis et c’est-ce qu’il a fait ! Valentin Petit c’est un ami avant d’être un collaborateur. On a retravaillé ensemble pour « Mon Soleil ». J’aime m’entourer de personnes talentueuses. J’ai des projets en cours avec Natas3000, qui est issu du skate et qui travaille exclusivement en VHS, je pense que lui aussi peut aller très loin. »

Tu peux nous décrire ton processus créatif ?

« Pour le premier EP « Soledad » j’ai travaillé avec Everydayz, pendant qu’il était à Lyon, sur les samples et sur les beats. Je bossais ensuite les paroles chez moi, j’essaie vraiment que mes textes collent à l’instru. Je trouve ça plus cohérent et plus musical. Je me suis mis à écrire de tête, je n’écris plus sur papier. C’est un vrai exercice mais je trouve ça plus instinctif et ça me permet de me familiariser avec le texte plus rapidement. Une fois que mon texte est fini, je le pose sur la maquette et ensuite on retravaille l’instru pour que les mots tombent pile sur les notes. C’est du sur mesure ! C’est important pour moi de m’entourer des bonnes personnes pour aller au bout de mes projets et avoir un rendu qui corresponde à mes attentes. J’ai notamment travaillé avec un producteur qui s’appelle Tchicos Pablo sur « Suncold »  qui a réalisé un super travail. C’est important pour moi que l’aspect visuel complète les morceaux. J’essaie de toucher un maximum de personnes avec pleins de codes différents. »

Tu penses quoi de la scène hip-hop française actuelle ?

« Je kiffe à fond ! Je pense qu’il y a un mouvement, il n’y avait jamais eu autant de rap auparavant, les rappeurs émergent de partout ! Il y a du bon et du mauvais c’est évident mais entre les années 1990 et 2000, sans internet, on n’entendait pas les mauvais ! Il n’y avait pas les moyens de diffusion pour les écouter. Aujourd’hui, les mauvais ont les moyens d’être diffusés et écoutés, on ne peut rien y faire ! Je suis pour l’entertainment autant que je suis pour le rap à texte. Je ne suis pas un haters ! Tant que c’est bien fait et bien produit, j’adhère. J’écoute tout ce qui se passe sur les différentes scènes, je passe énormément de temps sur Soundcloud. Je n’hésite pas à envoyer des messages de soutien, à donner de la force. Je pense qu’on en a besoin, c’est important d’être solidaire et c’est assez rare dans le rap. L’industrie du disque me fait peur, tu peux avoir énormément de vues sur Youtube et vendre très peu de disques. L’important je pense pour vendre aujourd’hui c’est d’être avant tout un personnage avec un univers qui dénote. SCH casse complètement les codes du hip-hop, il s’est adapté et a vraiment développé son personnage. Je respecte vachement cet artiste parce que c’est un gros bosseur, on peut le tailler sur son physique ou son style vestimentaire mais ces morceaux sont très bien produits. Son entourage fait un gros travail, ces instrus sonnent très Toronto, on sent l’influence de Drake. Je pense que c’est quelqu’un qui a tout compris à l’industrie musicale d’aujourd’hui et qui a su percer, tout simplement. »

Si tu devais choisir un artiste de la nouvelle vague pour faire un feat, tu choisirais lequel ?

« Je réfléchis… il y a Yann Ichon qui écrit très bien et qui travaille lui aussi beaucoup ses visuels. Nos univers respectifs pourraient bien coller. Il y a Spaaz aussi du groupe Set & Match que je trouve super fort. J’aimerai bien travailler avec Sameer Ahmad aussi qui a fait de belles choses sur l’album « Perdant Magnifique ». Il y a Grem’s aussi, ce serait un vrai challenge pour moi ! »

Sur « Soledad » on sent vraiment l’inspiration de Grem’s, c’est une référence pour toi ?

« Quand j’ai écrit le premier couplet de « Mon Soleil », il y a plus de 7 ans, j’étais à fond dans l’ambiance Rouge à Lèvres donc j’étais vachement inspiré de Grem’s et toute la bande. Il faut aussi savoir  que j’ai commencé à écrire ce couplet sur un broken beat donc hyper saccadé et basé sur les multi syllabiques. J’essaie d’aller vers des choses beaucoup plus smooth maintenant. »

Le bleu c’est une couleur qui revient souvent dans ton œuvre, elle représente quoi pour toi ?

« Le bleu c’est tout d’abord ma couleur préférée mais ce qui m’intéresse avant tout c’est l’évolution du bleu du ciel au fil de la journée. Ce bleu nuit dont je parle dans « Suncold » très sombre dans lequel on a l’impression de plonger quand on rentre de soirée un peu éméché. Il y a aussi le bleu de l’océan et du ciel, les deux infinis qui paraissent toujours hors d’atteinte. Je pense également au bleu des traces que les coups dur de la vie peuvent nous laisser sur la peau où au moral. C’est un choix hyper symbolique. Il y a « Bleu Nuit » sur « Soledad », il y a « Bleu Fumée » sur « Suncold », il y aura « Bleu Sombre » sur le prochain projet qui s’appellera « Cerbère » et le premier album s’appellera « Bleu sur Bleu ». J’aime le fait qu’il existe une continuité entre mes projets. Je pense qu’après « Bleu sur Bleu », la boucle sera bouclée, j’aurai terminé cette histoire sur le bleu et je passerai à autre chose. »

 Tu nous as parlé d’un EP et d’un album, quels sont tes projets pour l’avenir ?

« Entre novembre et décembre je vais sortir un nouvel EP qui va s’appeler « Cerbère ». Ce sera un trois titres avec trois minutes pour chaque track. Sur ce projet je compte parler de la frontière entre le bien et le mal, l’opposition entre le paradis et l’enfer. Je veux raconter des histoires et que chaque projet soit un vrai concept à part entière qui englobe les titres, les visuels et les clips. Les albums sans profondeur c’est du divertissement mais c’est dommage parce que ça apporte peu à l’auditeur. Je pense que les gens attendent du rap français des choses légères, sans prise de tête. Je veux faire de la musique pour tous, pour le grand public mais il m’est difficile d’imaginer ma musique parler à ce grand public pour le moment sans une grosse équipe marketing derrière. »

Tu l’as bien compris, Cleim Haring est un artiste complet, jamais à court d’idées et qui sait parfaitement dans quelle direction aller. Le lyonnais ne laisse aucun détail au hasard et semble être arrivé à un stade de maturité où aucune barrière ne pourrait freiner son élan artistique. Sans renier ses origines hip-hop, Cleim Haring n’a pas peur de s’ouvrir à d’autres disciplines tout en gardant un regard sensible sur le monde qui l’entoure. C’est avec poésie et mélodie que l’homme que l’on appelait autrefois le Libre Penseur nous emmène dans son univers à la beauté froide. On te laisse découvrir cet artiste aux projets ambitieux !

https://www.youtube.com/watch?v=GCmZROcAC0I

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Je veux voir ça demain

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Par Agathe Pageaut

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"S'enlacer sans s'en lasser"

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