EMEMEM – Raccommodeur de pavés

26/08/2016

Lors d’une balade dans la capitale des Gaules, tu tomberas peut-être sur une flaque de carrelage, apparue comme par magie sur le goudron. Ce n’est pas de la sorcellerie mais bien l’œuvre d’un carreleur fou répondant au doux nom d’Ememem.

A l’origine artiste atelier, le street art lui vient comme un jeu.  « Il y avait plein de petits trous sur le bitume devant mon atelier… Tout de suite, j’ai trouvé très excitant de travailler dans la rue. Les rencontres nocturnes avec les passants sont particulières, très chaleureuses. Une vraie révélation ! »

A sa technique de création, il donne un nom : le flacking, qui désigne l’action de reboucher et transformer les crevasses et les défauts de l’environnement urbain.

Précurseur du land-art urbain

Si la céramique domine dans les créations d’Ememem, c’est qu’il avoue à demi-mot avoir été trouvé dans une amphore en terre cuite quand il était petit… Imaginant une sorte de land-art urbain, l’artiste veut mettre à l’honneur les matériaux de la ville, assez insolites et peu représentés dans l’art en général. Le flacking « Macadam Puzzle » en est une première esquisse.

Dans sa démarche créative, Ememem suit une recette unique composée d’instinct, de hasard, d’envies et d’engagements. « En tout cas, je déteste la routine créative. Cela prend un chemin différent à chaque nouveau travail. A tel point que ça me surprend moi-même. » nous confie t-il.

Discret, ce poète des rues s’estime plus doué avec la matière qu’avec les mots, et préfère laisser parler son travail. « Je vous laisse le soin de l’interpréter comme vous voudrez, ça me fera une psychanalyse gratuite ! », affirme le bougre. Et rien ne sert d’espérer, il gardera sa technique secrète… Que serait l’art de rue sans sa part de mystère ?

« Ememem, c’est un personnage avec lequel je joue. Une entité un peu fêlée, obsédée par le rebouchage de trous. Ça pourrait être plusieurs personnes, qui, partout dans le monde, raccommodent les trous pour faire fleurir la grisaille ! Ça me rend plus libre. »

« Je raccommode tout ce que je peux, partout où je vais »

Ememem réutilise certains codes du street art à sa sauce, et cherche aussi à créer sa propre iconographie dans ce style nouveau qu’est le flacking.

Refusant une quelconque influence, il se permet toutefois des clins d’œil à l’histoire de l’art. Picasso  à qui il rend hommage pour intituler « Petit Paul en Arlequin ». Ou le land-artist Andy Goldsworthy, avec qui il partage un environnement de travail homogène auquel il apporte des contrastes saisissants.

C’est ainsi que du côté de Gênes, de Turin, du bord de la mer jusqu’au fin fond de la campagne française, tu pourras croiser la route de l’une des œuvres d’Ememem. Et s’il rêve en secret de flacker le Grand Canyon, c’est sur le pavé lyonnais, son « laboratoire d’expériences », qu’on croisera le plus souvent ses flaques de couleur.

Le but de notre carreleur de l’extrême reste avant tout de s’amuser et d’amuser les autres. Mais ses œuvres, si insolites qu’elles soient, portent un message : « J’espère que mon travail peut amener à une réflexion sur la manière actuelle d’aménager les lieux publics, sur comment préserver les espaces communs, et aussi sur ce que chacun d’entre nous peut apporter à la communauté. »

Etendant son travail à plus grande échelle, il nous confie travailler main dans la main avec une commune pour réaménager et dynamiser ses rues… On n’en révèlera pas plus.

Envie d’admirer les œuvres d’Ememem ? Voici quelques indices sur leur localisation avant de partir à la chasse au flacking…

– Montées des Carmélites, Rue de la Tourette, Montée St Sébastien,  Rue de la Vieille (Lyon 1er) Quai St Antoine ( Lyon 2 ), Quai Romain Rolland, Quai Jean Moulin (Lyon 5), Conservatoire National Supérieur Musique et Danse ( Lyon 9 ).

Page Facebook : EMEMEM

Site web : http://www.ememem.net/

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Par anne

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