Quand l’inspiration vient la nuit

09/05/2017

CHAPITRE 1 : LE DOSSIER

La capacité d’imaginer, c’est la créativité. Si, selon les spécialistes, chacun possède son propre degré de créativité, il est évident que les créatifs ont plus de facilités à manier la leur que les personnes lambda. Peintres, photographes, romanciers, musiciens, chanteurs, poètes… Leurs œuvres sont incontestablement l’expression même de leur imagination. Mais celle-ci n’est pas simple. Bourrée de contradictions, certaines sont explicites et d’autres beaucoup moins, les artistes ont aussi un rythme qui leur est propre.

Pourtant, ce rythme dispose d’une particularité étrange : l’inspiration a tendance à se manifester tard la nuit, ou tôt le matin. Pourquoi ? Les psychologues et scientifiques du monde entier se sont penchés sur la question. Et puisqu’il s’agit d’un sujet qui m’a toujours intriguée, j’ai décidé de réunir différentes études et confidences d’artistes et de spécialistes, afin de te faire partager mon avis.

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Pour ma part, quand je dis « nuit », j’entends la période qui s’étend globalement de 21h-22h jusqu’au lever du soleil (soit environ 5h ou 6h du matin en été et 7h ou 8h du matin en hiver). Autrement dit, la période où la plupart des gens se couchent ou n’ont pas encore totalement débuté leur journée. Pourtant, il y a des personnes qui restent parfaitement éveillées durant ces horaires. J’imagine que tu t’en doutes : ce sont les artistes.

Au cours des siècles, nombre d’entre eux ont admis être plus inspirés lorsque venaient la nuit et les premières lueurs de l’aube, tandis que d’autres préféraient travailler pendant la journée. Les scientifiques ont établi que cela dépendait de notre « chronotype », c’est-à-dire notre tendance à nous coucher tôt, ou tard. En général, les personnes étant du matin se lèvent et se couchent tôt, c’est pourquoi elles sont plus productives à partir du début de journée.

Quant aux couche-tard, le rythme est inversé et ils sont plus lents à se mettre en marche. Ils sont donc au meilleur de leurs capacités créatives lorsque le soleil se couche. Fais le test avec tes amis : analyse leurs habitudes au matin et en début de soirée, tu verras que c’est une petite étude vraiment drôle !

 

Bref.

 

Avant toute chose, un petit tour d’horizon s’impose, histoire de présenter les artistes nocturnes – connus ou inconnus – qui ont retenu mon attention. Parmi les célébrités, je ne pouvais ignorer Balzac, Proust ou encore Hugo. La nuit était leur moment de prédilection, à l’image de la romancière et novelliste américaine Ann Beattie, qui adore écrire entre minuit et 3h du matin. Le Corbusier imaginait ses œuvres entre 21h et 5h30, Kafka dès 22h30, et ce parfois jusqu’à 3h du matin, et Thomas Wolfe écrivait à partir de minuit.

Le photographe asiatique Ryuji Tokuda est plus sensible à l’ambiance nocturne, car il trouve les jeux de lumière (automobiles, rues) bien plus intéressants que pendant la journée. Cela permet de « produire des situations intéressantes ». (Pour plus de précisions sur la nature de ses clichés, direction le Chapitre 2, plus bas).

Selon Mason Currey, auteur du livre Daily Rituals : How Artists Work, créer la nuit évite les distractions (mails, portables, sorties …) et inciterait même les gens à être plus audacieux. Il estime donc que le sommeil des autres est un moteur à création, un encouragement à créer et à entreprendre de nouvelles choses.

Cette caractéristique correspond bien à ce que ressent Ryuji Tokuda : créer le jour est ennuyeux puisqu’il est dans un environnement ordinaire et surpeuplé (surtout en Chine), tandis que la nuit, les rues se vident, ce qui donne une toute nouvelle image du monde qui l’entoure.

Du côté des jeunes pousses françaises encore méconnues, je pense notamment à Marie Semin. Ce nom ne te dit probablement rien, mais cette jeune poétesse et novelliste de talent pourrait bien, un jour, faire parler d’elle. En 2015, Marie a remporté le Prix Clara, un grand concours de nouvelles qui récompense les jeunes auteurs de moins de 17 ans. Elle me confiait récemment qu’elle a toujours été sensible à la nuit, à son ambiance calme et apaisante, et paradoxalement tendue d’après elle. Cette tension se retrouve dans ses poèmes, dont l’intrigue se déroule souvent au clair de lune. Si tu te sens d’attaque pour plonger dans son monde fantastique, sa nouvelle « Comme une histoire » a été publiée aux éditions Héloïse d’Ormesson.

 

En ce qui concerne les morningophiles (les lève-tôt. Oui, on les appelle comme ça !), j’ai principalement mis la main sur des écrivains et poètes. Toutefois, un jeune photographe amateur était également parmi eux. Lenny Wright, étudiant en école d’art à Paris, et qui trouve ses meilleures idées de shooting vers 3h ou 4h du matin.

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Dans la même idée, aux XIXè et XXè siècles, Frances Trollope et Sylvia Plath écrivaient vers 4h ou 5h … mais c’était plus par obligation familiale que par plaisir. En effet, à cette époque, les femmes restaient à la maison et s’occupaient des enfants. Frances et Sylvia profitaient donc des quelques heures précédant le petit déjeuner pour rédiger quelques lignes.

De nos jours, l’écrivain américain Nicholson Baker préfère lui aussi travailler au réveil, de 4h à 5h, car « l’esprit vient d’être nettoyé de frais mais il est aussi brouillé et est encore complètement endormi. J’ai découvert qu’alors j’écrivais différemment. » Il retourne se coucher ensuite, puis se réveille à 8h30 pour entamer sa journée quotidienne. Enfin, d’après le designer graphique autrichien Stefan Sagmeister, celui-ci se lève définitivement à 5h « simplement parce que c’est plus excitant de me mettre au travail que de me rendormir ».

Tout le monde a sa propre conception de ce qui est excitant, mais Mason Currey rejoint Nicholson et Stefan sur ce point : « être à moitié réveillé, physiquement fatigué, le regard flou et de mauvais poil est, pour moi, le meilleur état pour écrire en étant concentré. Je n’ai tout simplement pas l’énergie mentale ou physique suffisante pour me laisser distraire comme pendant le reste de la journée. » Voilà la conclusion que j’en tire : pour les lève-tôt, l’important, c’est d’être à morphe !

 

Bien que l’on avance, la principale question reste en suspens : qui y’a-t-il de si attrayant quand il fait nuit ? Qu’est-ce que cela réveille chez les artistes ? Existe-t-il une explication scientifique ? Eh bien … oui ! Professeurs, psychologues et docteurs ont plusieurs théories qui, crois-moi, méritent le coup d’œil.

Dans un premier temps, remonte un peu plus haut dans cette étude. J’ai précisé auparavant que les morningophiles (je ne m’y ferai jamais) étaient plus productifs le matin, tandis que les noctambules laissaient éclater leur créativité le soir.

Rien ne te surprend ? Hum ? Productifs et créatifs, peut-être ?

J’ose espérer que l’italique de ces deux mots t’a mis sur la voie. Car en effet, ce n’est pas un hasard. Une étude menée en 2007 par le professeur Marina Giampietro a révélé que les lève-tôt étaient productifs alors que les couche-tard étaient créatifs.

Pourquoi donc ?

Parce qu’en fin de journée, le cortex préfrontal (la zone du cerveau responsable de l’attention, de la planification et de la mémoire de travail) est fatigué et diminue son activité (tu es moins analytique). Plus tu tardes à te mettre au lit, plus il s’économise pour se concentrer sur une seule tâche. C’est précisément ce qui favorise de nouvelles connexions, et par extension de nouvelles idées. « Se trouver dans une situation qui diverge de l’habitude conventionnelle (les types nocturnes éprouvent souvent cette situation), peut favoriser le développement d’un esprit non conventionnel et la capacité à trouver des solutions alternatives et originales. » C’est la définition même du créatif. Pour comprendre ce dernier, des spécialistes ont étudié un grand nombre de cas afin de déchiffrer leur manière de fonctionner.

Nancy Andreasen, docteur américaine, a travaillé entre autres sur George Lucas, le père de Star Wars ! Il a accepté de réaliser une IRM pour analyser l’activité de son cerveau, et « tout comme les autres créatifs, il montre des activations plus fortes des cortex associatifs [situés à l’arrière du cerveau et légèrement à l’avant], ces aires cérébrales qui permettent les associations d’idées ».

La science peut par conséquent prouver que les parties du cerveau qui gèrent les idées sont plus dynamiques chez les créatifs. Noctambules et morningophiles sont différents des autres. Mais les noctambules le sont encore plus.

Une fois encore : pourquoi donc ?

Xavier Peron, le frère de mon beau-père, est psychologue et a accepté de répondre à ma question. Son témoignage est riche de renseignements et rejoint ce que défend Mason Currey. La nuit, il y a effectivement bien moins d’ingérences extérieures. Le fait de s’éloigner de la vie active nous oblige à nous recentrer sur nous-mêmes, c’est d’ailleurs pourquoi (petite parenthèse) créer possède quelque chose d’égoïste : se faisant, on met de la distance entre nous et autrui. Toutefois, une fois que l’œuvre est créée, l’artiste la partage avec le monde. Les autres sont donc présents dans ces deux étapes.

Revenons-en à la fascination de la nuit. Celle-ci est une métaphore de la mort : notre corps est théoriquement en sommeil, notre rythme ralentit … notre conscience et les contraintes que l’on s’impose durant la journée diminuent, ce qui permet à l’inconscient de se dévoiler davantage. Et ce dévoilement est notamment caractérisé par les rêves. Puisque notre vigilance est moins alerte, on peut donc considérer que la création a quelque chose qui relève non seulement de l’inconscient, mais qu’en plus on ne la maîtrise pas.

J’en conclus ainsi que nous sommes moins dans le contrôle pendant la nuit, et que la baisse de notre attention est plus propice pour créer. Nous sommes beaucoup plus ouverts à l’inconscient, aux rêves et à ce monde onirique. La citation du poète et romancier israélien Aharon Appelfeld exprime parfaitement la dualité morbide/créative qui survient quand le ciel perd ses couleurs : « Mes nuits sont très souvent un cauchemar, mais les cauchemars sont riches. Je me nourris de ces nuits. » (2014).

Je me demande alors aussitôt ceci : les artistes sont-ils masochistes ? Car en suivant le raisonnement d’Aharon, ce sont ses cauchemars qui nourrissent son imagination …

De nombreux autres artistes ont dit s’être inspirés de leurs rêves pour créer. James Cameron aurait même trouvé les idées pour Avatar dans ses rêves … Amusant, pas vrai ? Il n’est pas le seul à avoir succombé à l’onirisme.

La petite prodige américaine Akiane Kramarik, âgée de 22 ans, révèle que « dès l’enfance, j’ai eu de nombreuses visions aux couleurs vibrantes que j’ai reproduites en peinture. Puis, par une nuit froide et étoilée, j’ai été réveillée par un souffle à la fois léger et intense. Là, j’ai conversé avec Dieu et visité le Paradis. Depuis, il me guide et m’inspire dans mon art. »

Grand Dieu ! (C’est le cas de le dire). Sans considérer son entrevue divine, l’imagination de cette jeune fille dépend donc énormément de ses rêves. Il suffit de voir ses peintures pour comprendre à quel point ses toiles reflètent un profond trouble, l’obscurité qui l’entoure et la peur qu’elle peut ressentir. Trois états qui sont intrinsèquement liés à la nuit (et à la mort …)

Encore plus étrange : c’est après un rêve concernant le diable que le musicien et compositeur italien Giuseppe Tartini a composé sa Sonate des trilles du Diable, « une sonate d’une telle beauté exquise que cela dépassait les limites de mon imagination ». Un rêve extrême qui a aussi secoué un autre compositeur (allemand, cette fois) : Richard Wagner. C’est pendant son sommeil qu’il a créé son opéra « Tristan et Iseult ».

Lui-même n’en revenait pas : « J’ai rêvé tout cela. Jamais ma pauvre tête aurait pu inventer une telle chose délibérément. » Sa « pauvre tête » comme il dit m’inspire beaucoup de tristesse et de douleur. Ce qui nous amène à cette question : les artistes s’inspirent-ils de leurs propres douleurs ?

Juliette Binoche s’est exprimée en 2000 sur ce sujet et a déclaré que « les plus créatifs sont souvent ceux qui ont le plus manqué – surtout dans leur enfance, évidemment – et qui ont comme une frustration dans leur vie : parce qu’ils n’ont pas encore trouvé l’endroit où ils voudraient aller, ne se sont pas encore accomplis ou sont toujours dans la recherche d’un au-delà d’eux-mêmes. » J’ai toujours entendu ce genre de choses, comme quoi les artistes étaient de grands incompris, marqués par le malheur et déçus dans leur enfance. Maéva Bouderlique, une jeune étudiante en art, se sert de périodes difficiles de sa vie pour réaliser ses peintures. Pour elle, « le chaos a plus de charme que le monde joyeux des bisounours ».

Je trouve cette phrase très intéressante, puisque selon le psychologue de l’Université de Ney York Scott Barry Kaufman, beaucoup d’œuvres emblématiques sont issues de douleurs qu’ont vécues les artistes. Piocher ainsi l’inspiration dans son propre chagrin porte un nom : c’est la croissance post-traumatique.

« Ce qu’il se passe, c’est que leur vision du monde comme étant un lieu sûr a été brisée à un moment de leur vie, les forçant à aller aux extrémités et voir les choses sous un nouveau jour – cela favorise la créativité. » Cela renvoie à la question-éclair que je me suis posée 5 paragraphes plus haut : les artistes seraient-ils masochistes ? Je dirais oui, du moins dans une certaine mesure. Pas un n’a connu de parcours paisible, c’est souvent les épreuves de leur vie qui sont à l’origine de créations artistiques majeures. Et c’est à travers cette complexité que je considère leur histoire fascinante.

Un grand nombre de points différencie donc les artistes des autres personnes : l’influence de la nuit, leurs expériences (souvent plus négatives que positives), leur activité cérébrale, leurs rêves, leur goût pour la solitude… D’ailleurs, le critique anglais W.H. Auden a dit une chose révoltante à ce propos. Pour lui, les artistes noctambules sont des hypocrites : « seuls les ‘’Hitler du monde’’ travaillent la nuit, aucun artiste honnête ne le fait. »

Je te laisse 1 seconde pour relire cette phrase.

AUCUN ARTISTE HONNETE NE LE FAIT ?! Qu’est-ce que cela est censé vouloir dire, au juste ?! Que les personnes aimant créer la nuit sont mauvaises ? Que nous sommes des petits monstres en devenir ? Et l’expression les ‘’Hitler du monde’’, on en parle ? C’est tellement aberrant de lire ce genre de choses, surtout venant de la part d’un poète de son grade !

Ça donne envie de … bref.

 

Il existe heureusement des personnes qui ne pensent pas comme lui. Le journaliste Erik Pigani (auteur du livre Psi Enquête sur les phénomènes paranormaux) estime, à l’inverse d’Auden, que les artistes sont des génies : c’est parfois du néant que surgissent « mille et une idées pleines de songes, de sons et de couleurs, reflet d’un univers mystérieux, inaccessible au commun des mortels. » À travers ces hommes, « c’est l’univers qui parle et se manifeste, non sous forme de savants calculs et de superbes théories, mais d’images et de vibrations. »

Erik Pigani va même jusqu’à supposer que « les artistes seraient deux fois plus doués que la moyenne d’entre nous ! ». Plus surprenant encore, il pousse ses hypothèses et essaie de percer le mystère qui règne en chaque artiste : « Les musiciens, plutôt introvertis et à l’écoute de leurs sentiments intérieurs, sont de bons télépathes ; les acteurs, plutôt extravertis, expriment clairement leurs intuitions ; les dessinateurs, qui ont l’habitude de visualiser, ont des facilités pour la clairvoyance ; les romanciers surentraînés à imaginer intérieurement des scénarios, ont souvent des prémonitions … » Amis créatifs, vous reconnaissez-vous dans ces caractéristiques ?

Les artistes sont donc compliqués. Qu’ils soient noctambules ou morningophiles, la tombée de la nuit et les premières lueurs de l’aube réveillent leur imagination et les plongent dans leur passion. L’écriture, la peinture, la photo, la musique, l’architecture … tout domaine se rapportant à l’art est concerné. La solitude va de pair avec la nuit, et les artistes l’adorent. C’est généralement dans les moments où ils sont seuls, où ils se retrouvent avec eux-mêmes que les idées fusent. Personne ne peut les interrompre, et c’est ce qu’il y a de mieux.

Mais s’il devait y avoir un hic, je pense que ce serait celui-là : « C’est vraiment difficile pour les personnes créatives de se connaître, car le moi créatif est plus complexe que le moi non-créatif » (Scott Barry Kaufman). Ce dualisme nous rendrait-il mentalement plus fragiles que la moyenne ? L’artiste soulève tellement d’interrogations ! L’article Pourquoi les artistes sont-ils différents ? 10 points qui les caractérisent nous en apprend un peu plus. Et toi, quelles sont tes impressions sur la question ?

 

Sources :

La créativité appartient à ceux qui se lèvent tôt (Slate)

La création appartient (aussi) à ceux qui se couchent tard (Slate)

Créativité : pourquoi l’inspiration vient la nuit (Konbini)

D’où vient l’inspiration créative des artistes (Blog « Un autre regard »)

Pourquoi notre créativité se réveille la nuit ? (Out the Box)

Le génie : une affaire de créativité (Sciences et Avenir)

Etre créatif, c’est ajouter de la vie à la vie (Psychologies)

Est-on plus créatif la nuit ? Oui, on vous dit pourquoi ! (Tediber)

 

CHAPITRE 2 : LES ŒUVRES

Lenny Wright (photographe)

« Mon inspiration marche presque en parfaite symbiose avec mes émotions, ce que je ressens et vis quand je déclenche influe énormément sur mes photos. »

Lenny aime shooter dans la rue car il est sensible aux émotions des gens qui l’entourent : capturer l’instant sur une photo est une façon de l’immortaliser et de dire « toi, je me souviendrai de toi ! » Il confie aussi dans chaque cliché ce qu’il ressent et met au défi quiconque essaiera d’en déchiffrer le sens.

Une histoire est donc racontée au travers d’une image : tout est plus complexe qu’il n’y paraît, sa « préférence pour le contraste vient peut-être de quelque chose de plus profond, peut-être que c’est une manière de faire comprendre que le moment compte pour moi (qu’il est gravé profondément en moi en quelque sorte, à l’image d’un trait de crayon qu’on appuie plus ou moins), mais là je ne fais que tenter de déchiffrer ma propre mécanique interne »

 

Maéva Bouderlique (peintre)

« Ce sont, si on veut, des sortes d’œuvres autobiographiques, chacune peinte à un moment difficile de ma vie. »

La peinture est donc pour Maéva un moyen d’exprimer ce qu’elle garde pour elle, d’extérioriser ses moments sombres, comme on peut le faire avec un journal intime. « Peindre me permettait de méditer et surtout de réfléchir, car la plupart du temps on ne peint jamais par hasard ». Une nouvelle fois, chaque toile a un sens, elle dégage quelque chose qui n’est pas forcément compréhensible au premier regard.

Elle s’inspire principalement des artistes symbolistes et préraphaélistes, qui transmettent respectivement dans leurs peintures spiritualité, imagination, rêves et morale. Si le symbolisme est plus subjectif et que le préraphaélisme est davantage réaliste, leur visée est similaire : c’est d’inciter le spectateur à comprendre l’œuvre, et pas seulement à la regarder.

L’œil ne voit pas tout, notre intelligence et notre instinct peuvent apporter un nouveau sens, et c’est exactement ce qui intéressait Maéva : « J’aime beaucoup cette idée de double message, une image qui ne veut pas dire forcément ce qu’elle présente. » En étudiant d’un peu plus près ses tableaux, tu verras qu’il existe une dualité dans chacun d’eux : rigueur et trouble, colère/détresse et sérénité/stabilité, puissance et mort … Ces trois femmes expriment un danger, une beauté fatale qui dissimule toute la souffrance précédemment abordée.

 

Ryuji Takedo (photographe)

 « Je pense toujours au travail avec le désir de faire des œuvres intéressantes que personne n’a vue. »

Selon moi , shooter des animaux sauvages déambulant librement dans une mégalopole complètement dépeuplée constitue une œuvre relativement intéressante ! Ryuji Takedo préfère donc la nuit au jour, puisque l’atmosphère est bien plus fascinante et source de créativité.

« Je pense que les animaux viennent de l’obscurité ». La nuit ne réveillerait pas seulement l’imagination de l’artiste, mais également, selon lui, la nature des fauves et autres bêtes à pattes, à plumes ou à poils.

Son imagination débordante vient de sa poursuite permanente de joie et d’amusement. Une ligne de conduite qui entraîne des situations inattendues, comme deux pingouins sur un parking : ça fait sourire, c’est décalé, et c’est exactement ce qu’il recherche !

Pour voir la suite des clichés de « Wild City Life », clique ici !


 

 

 

 

Je veux voir ça demain

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Par Julia Percheron

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