Quand la science-fiction devient réalité, à moins que ce soit la réalité qui inspire la fiction ?

06/08/2017

PROLOGUE 

Mon but n’est pas de retracer l’histoire de la science-fiction et de ses origines. Donc exit les longs discours et les explications compliquées : pour faire simple, le terme « science-fiction » est apparu en France au milieu du XIXè. Depuis, ce genre littéraire n’a cessé d’évoluer et a gagné le monde du cinéma et de la télévision.

Tu n’auras d’ailleurs pas manqué de remarquer que dans les films Total Recall, Star Trek, Star Wars, Alien ou Interstellar, les appareils high-techs semblent tout droit sortis du futur et de l’imagination débordante des scénaristes et réalisateurs. Il en va de même pour les séries jouant dans cet univers, soit par petites touches, soit en l’assumant totalement : The 100, Humans, Kyle XY, Westworld, Stargate SG-1 …

Pourtant, figure-toi que la réalité en est parfois tout autre. En effet, afin de rendre crédibles leurs œuvres, auteurs et scénaristes font très souvent appel au savoir des scientifiques. Car oui, une création de science-fiction n’est jamais là par hasard : il faut impérativement qu’elle paraisse vraisemblable et plausible aux yeux du spectateur/lecteur, au risque de rendre l’histoire absurde.

Ainsi, de cette collaboration science-fictionnelle naissent des objets et situations étranges qui peuvent te rendre béat d’admiration : phénomène cosmique, voiture sans conducteur, téléportation, caisson d’hibernation, guérison instantanée, télékinésie … bref, tout autant d’éléments incroyables et apparemment surréalistes, mais dont certains ont déjà dépassé le stade de la fiction. Par exemple, si dans les années 60 les tablettes de Star Trek laissaient pensive toute une génération, en 1989, Samsung a produit la première tablette tactile grand public : la GRiDPad. Au fil du temps, beaucoup d’autres rêves sont par conséquent devenus réalité.

Il n’est donc pas stupide de nous demander qui inspire l’autre en premier : la science ou la science-fiction ? D’autant que ces deux domaines soulèvent toujours des questions sociales et éthiques, ce qui constitue un enjeu important.

CHAPITRE 1 : LA SCIENCE CREDIBILISE LA SF

Comme le dit l’astrophysicien Roland Lehoucq sur le site des Arpenteurs, « quand on est scientifique, il faut de la rigueur, mais aussi de l’imagination pour inventer des choses nouvelles. Les auteurs de science-fiction doivent évidemment avoir beaucoup d’imagination mais il leur faut aussi de la rigueur dans la construction de leur histoire. […] En science-fiction, c’est la rigueur qui permet au lecteur/spectateur d’adhérer dans l’histoire imaginaire qui lui est présentée. ».

Bien que la SF réfléchisse beaucoup au progrès, elle tient surtout compte de la réalité scientifique et technique actuelle. C’est là que se trouve son intérêt : elle pose des questions et nous force à penser notre futur. Voulons-nous qu’il ressemble à cela ? Nous comporterons-nous ainsi ?

Toutefois, encore selon Roland Lehoucq, « une œuvre de science-fiction n’a jamais aidé à résoudre un problème scientifique, mais l’idée n’est pas exclue par principe ». Si elle n’apporte donc aucune aide aux scientifiques, elle éveille en revanche leur curiosité et leur permet de rendre leur discipline attractive : « des jeunes gens peuvent être attirés par la science grâce à la science-fiction. Elle peut donner le goût des sciences, l’envie de réaliser les merveilles présentées. […] Elle est un moyen « grand public » et populaire de discuter de la science, voire de faire de la métaphysique. ».

Comme nous l’avons dit précédemment, pour crédibiliser films et autres œuvres SF, les scénaristes s’entourent de scientifiques et astrophysiciens. Arrêtons-nous sur Interstellar : en 2014, Christopher Nolan a travaillé avec l’astrophysicien américain Kip Thorne. Les thèses de celui-ci ont inspiré une partie du scénario, tandis que ses calculs ont permis la simulation incroyablement réaliste d’un trou noir, qui est d’ailleurs l’élément le plus réaliste du film : « sa modélisation est tellement aboutie que l’astrophysicien Kip Thorne va s’en servir pour un article ultérieur », explique l’astronome Éric Lagadec à Télérama.

« Je n’en ai certes jamais vu, de trou noir, mais au regard de ce que l’on sait, cette simulation est bluffante. Notamment tout ce qui se passe autour du trou noir : le disque d’accrétion en rotation rapide, c’est-à-dire la matière en orbite attirée par le trou noir », poursuit-il. Pour continuer à expliquer les aspects scientifiques du film, Kip Thorne a par ailleurs publié le livre The Science of Interstellar, avec la participation de Christopher Nolan.

En France, la réalisatrice Claire Denis s’est lancée dans le projet High Life. Ce film, qui devrait sortir courant 2017, relatera les aventures de criminels envoyés dans l’espace (un peu comme The 100, mais dans l’autre sens). Leur unique moyen d‘échapper à la peine de mort sera de procréer et d’élever des enfants, sans imaginer la moindre possibilité de retour sur Terre. Qui dit espace dit trous noirs, et qui dit trous noirs dit conseils d’astrophysicien. Une nouvelle fois, un scientifique sera présent pour s’assurer du sérieux de l’histoire. Il s’agit ici du chercheur et enseignant Aurélien Barreau, spécialiste en cosmologie.

De ce fait, s’il fallait résumer le rôle des scientifiques sur les plateaux, la définition donnée par le scénariste et réalisateur Sébastien Conche à Slate me paraîtrait la mieux correspondre : « le consultant scientifique a pour fonction de renforcer la plausibilité du monde imaginaire et soutenir le merveilleux du conte. » Cependant, il arrive que certains films loupent le coche. Pour des personnes non-averties, les erreurs peuvent passer inaperçues, mais sous le regard acéré des spécialistes, de telles énormités les font fortement râler.

Prenons l’exemple de Gravity. Réalisé par Alfonso Cuarón en 2013, ce film, applaudi par la critique et les spectateurs, n’a pas échappé à quelques bourdes scientifiques. L’astrophysicien américain Neil deGrasse Tyson s’est donné un plaisir de toutes les lister sur son compte Twitter : puisqu’il n’y a pas de gravité, « Pourquoi les cheveux de Bullock n’ont pas flotté librement sur sa tête ? ». Ou encore, « Presque tous les satellites terrestres gravitent d’Ouest en Est, alors que les débris de satellites gravitent d’Est en Ouest » dans le film. Entre nous, que l’équipe ait laissé passer des incohérences comme ça, même anodines à notre niveau … on en viendrait à se demander où sont passées la rigueur et la logique scientifiques.

Car comme l’avait précisé Roland Lehoucq, le réalisme est indispensable dans la science-fiction. Pas de façon ponctuelle, mais bien de bout en bout. Se relâcher un instant, c’est mettre en péril les efforts apportés sur d’autres détails, et prendre le risque d’être discrédité. « Dès que l’on peut faire rêver sur la science, c’est un bien. À moins d’une invraisemblance grossière, cela ne nuit pas à la science », a très bien dit Marcel Dalaise, réalisateur de films scientifiques pour CNRS Images.

La science-fiction ne part donc jamais de rien. Pour être tangible, elle s’inspire de la réalité scientifique et la projette dans le futur, la rendant envisageable. Ce sont ces éventualités qui la façonnent et qui nous permettent d’y croire ou non. À partir du moment où la science fait rêver, c’est la porte ouverte à toutes les concrétisations fictionnelles.

CHAPITRE 2 : LA SF INSPIRE LA SCIENCE

Alors, que penser, à ce stade de notre enquête ? La SF est-elle au service de la réalité, ou est-ce l’inverse ? L’argument développé « s’inspirer de la science pour créer de la fiction » boucle-t-il d’ores et déjà cette étude ? Il semblerait que ce ne soit pas aussi simple, car la docteure en physique Laurence Bianchini affirme à L’Atlantico que « des objets ont tout d’abord été inventés par des auteurs de SF avant que les scientifiques ne s’en emparent. »

Un exemple frappant ?

Le sabre laser de Star Wars. Aurais-tu une explication vaguement scientifique au fonctionnement de cet objet ? Existe-t-il d’ailleurs réellement une théorie sur laquelle se reposer pour y répondre ? Non. Les créations de George Lucas sont tout droit sorties de son esprit, « bien que n’ayant aucun aspect scientifique, mais le monde décrit est cohérent » (Roland Lehoucq).

C’est en 2013 que Mikhail Lukin et Vladan Vuletic, deux professeurs de physique américains, ont découvert un nouveau genre de matière. La réalité a rattrapé la fiction. Après de longues recherches, Mikhail et Vladan ont réussi à faire interagir les plus petites particules constituant la lumière : les photons. Normalement sans masse et solitaires, ils ont réussi à les faire se regrouper pour former une molécule … celle-là même capable de donner vie à un véritable sabre laser ! Ces deux professeurs ont donc rendu possible l’invention de George Lucas. Pour plus d’infos, tu peux consulter l’article d’Huffington Spot.


Bientôt dans ton salon.

Autres exemples ?

Le premier appartient à l’univers cyberpunk1 de Total Recall (adapté de la nouvelle Souvenirs à vendre de Philip K. Dick, 1966), il ne t’aura pas échappé que dans le remake de 2012, Colin Farrell disposait d’un téléphone portable intégré sous la peau de sa main.

En 2014, la start-up française Cicret avait fait couler beaucoup d’encre pour une innovation très similaire. Accusée d’être une arnaque par des milliers d’internautes, l’équipe présentait le Cicret Bracelet qui, muni d’un pico-projecteur, permettrait de projeter l’écran de son smartphone sur son avant-bras. Alors, fake ou réalité ? Toujours est-il que Cicret était présent au CES de Las Vegas en janvier dernier, et que la campagne de financement ouverte sur leur site a dépassé l’objectif fixé de 500 000$. Les premières préventes sont annoncées courant 2017 …

Continuons dans la veine de la projection d’écran. En ce moment, Samsung travaille pour mettre au point des lentilles de contact intelligentes. Ouverture d’une page internet sur ta pupille, prise de photos en clignant la paupière … cette technique n’est pas sans rappeler celle qu’utilise le personnage de Jeremy Renner dans Mission Impossible : Protocole Fantôme (2011). Il lui suffisait de cligner de l’œil pour imprimer les documents qu’il regardait.

Les écrans réservent aussi bien d’autres surprises, comme par exemple, la possibilité d’interagir avec eux. En 2002, Tom Cruise contrôlait des écrans dans Minority Report grâce … à des gants. Fondée en 2012, la start-up canadienne Thalmic Labs a lancé le bracelet Myo. Egalement vu au CES de Las Vegas, Myo identifie les impulsions électriques de nos bras et retranscrit nos gestes afin de contrôler un avatar sur un écran, la direction d’un drone, un Powerpoint sur un mur ou encore un robot militaire.

Histoire de mieux te rendre compte de toute l’étendue de Myo, regarde donc cette petite vidéo !

Enfin, Iron Man a également inspiré WeKast. En effet, en 2014, cette start-up israélienne a été fascinée par la capacité du super-héros à projeter l’écran de son portable sur les télévisions de sa salle d’audience. L’équipe a alors mis au point un petit appareil innovant, que je te propose au passage de découvrir avec cet article.

La liste des appareils ayant dépassé le stade de la fiction est encore longue (l’écran de verre flexible de l’entreprise Corning, vu dans Planète Rouge (2000) …), mais bon, je me suis forcée à me restreindre pour n’en sélectionner que deux derniers.

Tout d’abord, le casque Epoc. Développé par la compagnie Emotiv, le premier casque est sorti en 2011. Grâce à 16 capteurs, Epoc récolte les impulsions électriques de notre cerveau lors d’un mouvement, et ce dernier est représenté dans le même temps sur un écran. Par exemple, en pleine partie de jeu vidéo, il suffit de penser pousser un objet pour que sa représentation virtuelle parte en avant. En d’autres termes, il s’agit de télékinésie, exactement comme Jean dans X-Men ou Luke dans Star Wars !

Enfin, un hologramme animé faisant office de petite amie. Rien que là, on sent que c’est déjà glauque. En 2016, l’entreprise japonaise Vinclu a créé la Gatebox, un appareil où apparaît l’avatar d’Azuna Hikari, une jeune fille de 20 ans spécialement destinée aux personnes souffrant d’une forte solitude.

Comme dans le film Her (2013). Azuna reconnaît la voix de son maître, peut lui envoyer des messages, contrôler des appareils électroniques ou encore rappeler des rendez-vous.

Ainsi, si la science-fiction soulève la question de savoir à quoi ressemblera notre avenir, elle nous place incontestablement en véritables acteurs de cet avenir. Nous repoussons toujours un peu plus les limites de l’impossible, et particulièrement avec les robots. En effet, c’est un sujet compliqué qui a longuement divisé mon point de vue, car imagination SF et progrès scientifique ne font que se croiser en ce qui les concerne. Trancher notre question de départ est donc devenu vraiment difficile.

CHAPITRE 3 : LE CAS DES ROBOTS

Le thème des androïdes remonte au XVIè siècle avec les recherches de De Vinci. Les siècles suivants, les automates se sont grandement améliorés, et en 1818, la nouvelle L’homme au sable (Ernst Theodor Amadeus Hoffmann) popularise les robots dans la fiction. Au cinéma, il faut attendre 1927 avec le film Metropolis (réalisé par Fritz Lang) pour voir apparaître une machine à l’allure humaine sur grand écran. Les premiers robots industriels n’arrivent pour leur part qu’à partir des années 70.

Les robots sont donc loin d’être une idée neuve. Ce n’est qu’à l’issue des années 70 que les films de science-fiction les mettant en scène inondent les salles de cinéma et les écrans télé. Cyborgs2 et autres exosquelettes se répandent comme une traînée de poudre, jusqu’à ce que ces personnages influent sur les progrès technologiques et médicaux de notre quotidien.

Cependant, les robots sont particuliers : les inventions scientifiques ont effectivement précédé les œuvres de fiction, mais en fonction des époques, eh bien … ça change. Les histoires vont chercher des idées dans la science, et puis finalement, la science revient s’inspirer des films ou des séries quelques années plus tard.

J’ai l’impression que ce schéma se répète indéfiniment : science et fiction ont fini par s’inspirer mutuellement l’une de l’autre, la première étant provisoirement supérieure à la seconde, puis vice versa. Et ainsi de suite.

Par exemple : le premier exosquelette remonte aux années 60 et se nommait Hardiman. Développé par Ralph Mosher, ce prototype, qui avait été destiné à un usage militaire et scientifique, est abandonné du fait de ses nombreux défauts. Toutefois, les chercheurs persévèrent : en 1986, la firme japonaise Honda développe E0, le premier robot bipède.

Optimisé jusqu’en 1993, cette innovation incite le professeur Shigeki Toyama (Université d’agriculture de Tokyo) à créer en 1990 un exosquelette motorisé, le Power Assist Suit, dont le but est d’aider les agriculteurs dans leur travail. Cet exosquelette rappelle étrangement celui d’Elysium, sorti en 2013, soit une vingtaine d’années plus tard …

Mais en 2010, virage à 90 : le robot humanoïde Geminoid-TMF, créé par le professeur japonais Hiroshi Ishiguro, fait visuellement écho aux « répliquants » de Blade Runner … qui remontent à 1982 ! « Nous allons avoir une société de robots dans un avenir très proche. […] Les robots ressembleront beaucoup aux hommes, au point qu’on ne pourra plus les différencier », prévoit le concepteur de Geminoid.

Et en 2015, rebelote : la série Humans a pour protagonistes des androïdes au foyer, capables de parler, de reconnaître leurs maîtres et de se défendre en cas de menace. Huit ans plus tôt, l’inventeur japonais Le Trung avait mis au point un robot tout à fait similaire : Aiko.

Par conséquent, dans le cas des robots, la science-fiction est partie de recherches scientifiques pour imaginer une évolution plausible. Si celle-ci attise l’intérêt des chercheurs, la réalité tentera donc de dépasser la fiction. Le résultat entraînera de nouvelles idées chez les auteurs et les réalisateurs, et le parcours se répétera de nouveau. Pour approfondir l’histoire des robots, tu peux aller faire un tour sur Le blog de la souris blanche.

Mais face à de telles évolutions, je me demande ceci : quelles conséquences cela entraîne-t-il sur notre façon de voir les choses ? Depuis la Révolution Industrielle, le progrès n’a fait que s’intensifier : d’ici 30 ans, certains pensent même qu’il y aura plus de robots sur Terre que d’êtres humains. Comment y faire face, sachant que la plupart des changements technologiques auxquels n’osaient croire nos ancêtres ont eu lieu ? Ce que nous voyons dans les films ou lisons dans les livres pourrait-il réellement se produire dans un futur proche ? Et comment cela nous atteindrait-il ?

CHAPITRE 4 : « EN ESSAYANT DE NOUS AMELIORER, ALLONS-NOUS FAIRE DE NOUS DES MONSTRES ? »

Telle est la question que traite « Le transhumanisme et l’homme de demain », documentaire d’Infrarouge datant de 2014 et visionnable ici.

Comme nous l’avons vu dans le CHAPITRE 3, les membres bioniques ne se limitent pas uniquement à une ‘’simple’’ prothèse, mais peuvent former entièrement un exosquelette. Robotiser partiellement les humains comme dans Elysium ou Edge of Tomorrow n’est plus du tout impossible, et ce depuis bien longtemps.

En décembre 2006, la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency ; agence du département de la Défense des États-Unis, chargée de la recherche et développement des nouvelles technologies et destinées à un usage militaire. #Wikipédia !) a développé le programme Revolutionizing Prostetics. Le but est de redonner une mobilité aux soldats amputés pendant les guerres en Irak, en Afghanistan ou en Iran. Ils ont ainsi conçu l’exosquelette Hulk, une structure robotique motorisée en titane et pouvant porter jusqu’à 90 kg sans le moindre effort.

Mais il existe aussi des améliorations bioniques accessibles à tout le monde. Victime d’un accident électrique en 2005, l’Autrichien Christian Kandlbauer a dû se faire greffer 2 prothèses de bras. Après 5 ans d’études, l’équipe du programme Autobot a réussi à mettre au point les membres artificiels dont il avait besoin : suite à cette opération, il a été le tout premier homme bionique d’Europe.

C’est grâce à une puce révolutionnaire, capable d’accomplir plus de 500 millions de calculs par seconde, que son cerveau a été en mesure de commander sa prothèse. Malheureusement, Christian est décédé en octobre 2010 après un accident de voiture.

Des personnalités ont également eu recours à ce type d’intervention, à l’image des sportifs paralympiques comme Oscar Pistorious. Le reportage s’intéresse toutefois à Aimee Mullins : née avec une malformation, elle est amputée des deux jambes à seulement 1 an.Elle dispose aujourd’hui de 12 paires de prothèses et, en plus d’être athlète, elle est aussi comédienne et mannequin. Aimee et Oscar sont donc des cyborgs.

Si certaines personnes se montrent modérées face à de tels progrès médicaux, d’autres en revanche en sont complètement dingues et n’hésitent pas à trafiquer leur propre corps afin de se rapprocher des robots.

C’est par exemple le cas de Kevin Warwick. Professeur de cybernétique et scientifique britannique, il déclare : « Je ne veux pas rester un simple humain. Je veux pouvoir m’améliorer, devenir un homme augmenté … un cyborg. ». Sa volonté s’est concrétisée en 1998 et a fait de lui le premier cyborg volontaire au monde. En effet, il s’est implanté une puce électronique sous-cutanée (RFID) dans le bras, afin d’être reconnu et identifié en permanence par l’ordinateur de son bâtiment.

C’est le même principe que les puces des animaux domestiques : quand Kevin se déplace, les portes s’ouvrent, mais les lumières s’allument aussi … et il ne s’est pas arrêté là ! Il s’est ensuite fait implanter une nouvelle puce dans le bras, directement reliée à son système nerveux. Grâce à celle-ci, il pouvait commander à distance une main robotisée … qu’il s’est fait spécialement greffer ! Il lui aura fallu 6 semaines de rééducation pour que son cerveau s’adapte et mesure la force de la prothèse.

« J’adore être un cyborg. […] On va effectivement avoir deux espèces distinctes : les augmentés et les ordinaires, les naturels. Et je sais à quel groupe je veux appartenir. Je ne veux pas être dans le groupe de ces humains naturels et ennuyeux, aux capacités mentales limitées. Je veux être avec les intellectuels, les humains augmentés. »

Avec un témoignage comme celui-là, je suis au moins sûre d’une chose : je suis de ceux qui se méfient de tels extrêmes. « On fait de l’homme compétitif […] et moi je suis terrorisé par cette idée-là, qui fait qu’il n’y aura plus rien aux marges, il n’y aura plus d’espoir de sortie » (Jacques Testart, père scientifique du premier bébé éprouvette français).

« Le transhumanisme et l’homme de demain » montre aussi à quel point les manipulations génétiques tendent à entraîner des normes de perfectionnement. Comme dans Bienvenue à Gattaca (1998), le choix du sexe de l’enfant, de la couleur de ses yeux et de ses cheveux est légal dans une clinique de Los Angeles.

Cette pratique a été inventée pour éviter à des couples, dont l’enfant à naître était malade, de recourir à l’avortement. Cet usage a depuis été détourné pour créer le marché de l’enfant sur mesure. En plus d’être illégal, cela rejoint la manière de penser de Kevin Warwick. Je ne serai pas étonnée d’entendre qu’il soutient à 100% ce type de procréation recherchant la perfection.

EPILOGUE

Pour répondre à notre question, il y a donc ceux qui estiment que la science inspire la SF, comme Roland Lehoucq, car elle sert à la crédibiliser. Et il y en a d’autres qui pensent l’inverse, à l’image de Laurence Bianchini. Mais ces avis ne peuvent être, à mon sens, aussi absolus.

S’il est vrai qu’on ne peut trouver d’explication scientifique au fonctionnement d’un sabre laser ou d’un portable intégré dans une main, il ne faut pas oublier qu’il y a dans ces deux expressions deux termes qui se rapportent à deux appareils existants : le sabre et le portable. George Lucas et Len Wiseman se sont inspirés d’outils réels, avant de laisser leur imagination faire le reste. Ainsi, comme pour les robots, il y a une sorte d’inspiration mutuelle entre la science et la fiction.

De plus, bien que le mot « science-fiction » soit apparu pour la première fois dans la littérature en 1851, la science avait depuis longtemps créé des robots, les premiers êtres science-fictionnels. Historiquement, c’est donc la science qui a commencé à inspirer la SF … mais il est évident que la SF et la science évoluent en fonction du contexte socio-culturel de leur époque. Pour résumer, la société est une source d’inspiration scientifique et fictionnelle, et puisqu’elle est en perpétuelle changement, l’inspiration me paraît par conséquent venir des deux côtés. Qu’en penses-tu ?

1Cyberpunk : genre SF dystopique-futuriste mettant en scène des technologies avancées, un monde pessimiste, lugubre et désabusé (comme ses personnages)

2Cyborg : être humain ayant subi des greffes mécaniques

 

Je veux voir ça demain

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Par Julia Percheron

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