La toilette : Un Paris osé

07/06/2017

L’intitulé fait référence au soin accordé à son apparence mondaine autant qu’au coin des envies pressantes et pour cause, les noctambules des grandes métropoles accordent à cet espace une place particulière dans les clubs. Ne nous y perdons pas, « La Toilette » au singulier (@Garage, Paris 13), c’est avant tout un « splash » mensuel d’extraversion et un cri de proclamation hédoniste. Rencontre.

 

« Johannes : Comment décrirais-tu la soirée?

Victor Caril: Une faille d’espace-temps hybride où l’art côtoie la techno, où queer, hype et alternatif se télescopent, où on est libre d’exprimer ce qui rend chacun unique, chacun différent, mais tous égaux ! En dansant, s’habillant, se déshabillant à notre guise, on explore tout le spectre de l’amitié à l’amour »

Victor est en transe lorsque nous entrons en collision visuelle sur le floor du Berghain (Berlin), un set plus tard et après l’avoir forcé à se présenter en anglais, par dépit je le laisse à s’exprimer dans sa langue natale :  » On peut parler français si tu veux, c’est plus simple, je suis de Paris. »

-Ah bah oui ! C’est plus simple en effet, je suis aussi de Paris. » Me répond-t-il d’un large sourire.

Conversation mentale avec moi-même : « C’est plus simple en effet…  Je fuis Paris pour me retrouver ici avec des Parisiens, comme c’est malsain ! » 

Pablo Miras & Victor Caril – Scène du Garage (Paris 13e) ©Thomas Smith / @the_party_diary

 

Mais Victor se montre très avenant et vraiment gentil. «Argh! Je ne devrais pas me raidir à chaque fois que je rencontre des français ici, ils viennent pour les mêmes raisons que moi ! Se libérer des carcans et pour l’amour de la vraie teuf, enfin je crois ! »

Ces derniers temps, je rencontre beaucoup de français vraiment ouverts à Berlin, des français lassés de la France, qui viennent respirer et s’inspirer afin de rapporter un peu de folie en France pour tenter de décloisonner.

 

Comme moi, il vit entre Paris et Berlin et essaie de transmettre l’énergie d’une ville à l’autre, avec une insistance de Berlin vers Paris. Il me parle assez vite de sa soirée et de son « soss » Clem, puis il finit par m’inviter à la prochaine le jeudi 1 juin.

Eurêka ! Exit la Concrete et autres grosses soirées qu’on essaie vaguement de comparer aux bacchanales Berlinoises mais dont la population et l’atmosphère n’en arrive pas à l’ongle du petit orteil. Les Paris-Berliner animent le Paris des bas-fonds en fédérant une fougueuse population riche de multiples influences… Des gens un peu tarés, exubérants, capables de montrer leur cul à tout moment, des sans gènes, des fous comme je les aime ! Ça va peut-être me redonner l’envie de Sortir à Paris !

La toilette # Hybrid Gender

Coming soon … 😉 La toilette # hybrid genderLe 7 avril au Grand Rivage

تم نشره بواسطة ‏‎La toilette‎‏ في 24 مارس، 2017

Paris, trois mois plus tard :

« JC: Sortir à Paris peut être rédhibitoire à terme, mais La Toilette ne ressemble pas à ce que je connais de la nuit parisienne, tu parlais d’hybride ?

-VC: Il y avait un manque à Paris … Une teuf d’un genre nouveau … Plus artistique, plus atmosphérique et plus humaine ! On l’a créé comme un voyage, une expérience… Avec à chaque fois, des performances, des lives et DJ sets. On commence toujours la teuf avec sets et lives assez lumineux, sexy, façon 80’s et on continue avec de la techno vraiment deep, mentale et intense. On cherche une montée ascendante… De la lumière vers une fréquence plus mystérieuse et dense… Comme dans les rêves. Donc hybride, oui c’est sûr ! »

Thomas Trapperapas & Duodenale AJN ©Thomas Smith / @the_party_diary

 JC: Une vraie mixité des profils et de la joie dans la teuf, tu y croyais?

 VC : Notre petite victoire, c’est qu’on a enfin réussi à dé-getthoïser la teuf parisienne. Quand Clem et moi sommes rentrés de Berlin il y a trois ans, on a halluciné qu’en 2015, il existait de manière cloisonnée des teufs queer, des teufs techno ( plutôt hétéro en vrai ), face à des teufs « hype » parisiennes ( pas très open). L’univers punk queer underground de la Toilette réunit tous les publics, homos comme hétéros de tous milieux et origines, une vraie alternative à ce qui existait.

©Thomas Smith / @the_party_diary

JC : On connait un peu la même scène à Berlin, tu connais la communauté de Trashera? Je trouve que votre créativité se rapproche de leurs délires. 

-VC : Oui J’adore Trashera! J’ai passé tellement de temps à cette teuf, beaucoup de potes y étaient assez actifs… Y a un lien entre eux et nous : la dimension artistique et l’univers new punk, organique et sauvage ! Cette énergie folle et sensuelle, de l’indiscipliné et mythique club studio54, temple du sexe déshinibé et des excès en tout genre. Nous détestons les murs, La toilette a décidé de les détruire ! »

A la frontière entre espace d’art contemporain et scène électro, du dance floor aux toilettes en passant par la scène et si la nuit se transformait en voyage, la fête en expérience onirique ?

TrashEra

 

« JC :Tu parles d’un line-up évolutif du « lightness au darkness »?

-VC: A la prochaine il y aura Dora Diamant,  icone punk lesbienne qui joue dans toutes les soirées branchées comme la Flash cocotte, la Trou aux Biches, elle organise aussi sa propre teuf ( La gina xxx ) Elle joue de l’électro cold wave, new wave  80’s…

Pepi de la Fresca ( le créateur de la Flash cocotte ) est passé joué chez nous tout comme Simon Thibault aka Drame Nature ( en robe de mariée) ; coup de fouet explosif de happy hardcore, de pop des pays de l’est, de gabber , de jumpstyle et de techno 90’S.

Moment phare, il y a aussi le live, on est assez éclectiques à ce niveau !  Igor Dewe, icone queer, fondateur de House of Drama (et rencontre plutôt hot dans la partouze du film YSL ) avait fait une performance assez démente…  Quasiment à poil à la fin !

Il y a eu pour la toilette #hybrid gender une chanteuse très connue dans le milieu lesbien ; j’y avais écrit ce post pour la présenter ; « Dans un style androgyne et graphique, quelque part entre David Bowie, Klaus Nomi et elle-même, Mad Moizel nous transportera avec son live hypnotique de wave-vocalist, fait de beats 80’s, de machines, de synthé et de sa voix astrale. »

Il y a eu aussi ces deux jeunes chanteurs hyper sexy, Pablo et Alex des Big Brothers, qui eux sont des sortes de MC dancehall hardcore … J’adore car ils chauffent trop les foules . Ensuite pour la partie techno on eu Lukas Isaac ( créateur de la Kaliante), Koold ( jeune DJ berlinois) qui fait de la techno subtile, poétique et lourde en même temps , Nicol ( DJ queer très connu ), Nicolas de la herrensauna aka. MCMLXXXV, Abah-jour ( créateur de la fameuse BP, le premier à avoir créé des teufs techno d’influence Berlinoise à Paris).

Pablo Miras des Big brothers ©Thomas Smith / @the_party_diary

« JC : Comment générez-vous du bruit autour de vos events, pour communiquer et faire venir du monde ?

-VC : En fait pour avoir plus de détails, c’est assez simple car on met vraiment en avant les artistes. On consacre un portrait à chacun avant les events… Tu pourras voir ça dans les publications Facebook, on voit vraiment ce qui s’est passé à chaque Toilette. Tu pourras donc aussi y voir une description des performeurs qui y ont participé.

Enfin, tu pourras remarquer qu’on crée un patchwork de portraits de tous les DJ et artistes pour chaque toilette… On y comprend que la plupart des DJ sont aussi des créateurs de teufs underground très réputées… Ce sont quasiment tous des potes. En fin de compte la matière, c’est l’humain, son corps et son énergie… Chaque DJ de la Toilette à une très forte aura, toute cette énergie se répand et nous revient, en plus du coté familial de ce milieu extrêmement bienveillant.

Tu as l’air de gérer ça super bien, et de naviguer le vent en poupe, quel est votre parcours avec Clem?

On vient plus du milieu artistique, Clem était conférencier à la collection Boros à Berlin où il a vécu pendant 6 ans. C’était un peu une figure du Berghain, tout le monde le connaissait !  Moi je suis artiste, je prépare une expo d’arts visuels en ce moment ( photo, peinture, vidéo , sculptures). Je viens aussi du milieu de la mode, j’avais ma propre marque( ISNOTDEAD) pendant 5 ans et j’ai vécu entre paris et Berlin pendant environ 4 ans. Notre histoire s’est construite au Berghain, en partie dans les toilettes…

La fête est dans notre sang… On la conçoit comme un lieu d’expérimentation, comme une création où tout est permis.

Facebook : La toilette

Je veux voir ça demain

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Par Johannes Cartwright

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"J'exagère juste pour que tu comprennes, mais à peine"

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