Vegan : effet de mode ou avenir pour l’alimentation?

28/06/2017

Depuis maintenant quelques temps, on constate bon nombre de vidéos, d’articles et de recettes pour être « en bonne santé », faire du sport, manger mieux, être écolo, faire attention aux animaux, à la planète. Peu à peu est arrivé le mouvement, la tendance, la philosophie végane.

Pourquoi et comment ce mode de vie est adopté par de plus en plus de personnes ? Est-ce simplement un effet de mode ou une véritable révolution alimentaire ?

Être végane, c’est quoi ?

Entre les végétariens, les végétaliens et les véganes, on ne sait plus trop qui mange quoi. Je vais donc t’éclairer sur le sujet : être végane c’est exclure absolument tout ce qui provient de l’exploitation animale : la nourriture (viande, œufs, poissons, miel…), les vêtements (laine, cuir, soie…), mais aussi les cosmétiques et les produits d’entretien ; en bref dans tout ce qui nous entoure.

Différent donc du végétarisme (qui est également très tendance en ce moment et qui constitue souvent une étape de transition au véganisme) qui supprime la chair animale de l’alimentation (viande et poisson) ou encore le végétalisme excluant tout aliment d’origine animale dans l’alimentation (viande, poisson, œufs, produits laitiers, miel…).

En France, on recense près de 2 000 000 de véganes, végétariens et végétaliens (selon le site Vegan France).

Vraiment bon pour la santé ?

On en entend beaucoup de choses à ce sujet, de quoi se perdre sur les réelles conséquences de ce mode de vie sur la santé. Une personne végane rime souvent avec le stéréotype de quelqu’un d’assez mystérieux et surtout militant contre la société en prônant une vie faite d’amour, de graines et d’eau fraiche.

En réalité, ce n’est pas tout à fait ça mais plutôt un mode de vie et un changement total d’habitudes de consommation. Un mode de vie de plus en plus présent qui amène à la problématique des carences.Comment ne pas en avoir en supprimant autant d’aliments de sa nourriture ? Alors oui, on te dira sûrement que tout est substituable par le végétal.

Evidemment, de nombreux professionnels se sont penchés sur le sujet. Une étude a d’ailleurs été faite en Californie sur 10 ans afin de confirmer que les végétariens et les véganes sont en général en meilleure santé.

Pour en être sûr, il était important pour moi de prendre contact avec une nutritionniste afin d’en apprendre plus au sujet des réels effets sur la santé et non sur les « on dit » ou autres rumeurs d’internet. J’ai donc contacté la nutritionniste Armelle Marcilhacy à Lyon.

Selon elle, on peut réduire notre consommation animale mais pas la supprimer entièrement. Elle souligne d’ailleurs qu’il est très important d’avoir tous les nutriments nécessaires sous réserve de carences en fer (présents dans les végétaux mais mal absorbés par l’organisme), de zinc, d’iode, de calcium et de vitamine D extrêmement importante pour une bonne santé.

Elle ajoute que le manque de vitamine B12 représente un risque pouvant entraîner de la démence, des anémies et des liaisons cérébrales ; assez conséquent pour un simple changement d’alimentation. Peut-on recommander le véganisme ? Non, car il est selon elle beaucoup trop dangereux et ne convient surtout pas aux enfants notamment à cause des carences. Je tenais tout de même à préciser que les avis des médecins sont très partagés à ce sujet.

Néanmoins, pour la vitamine B12, des alternatives existent comme les algues par exemple (pas très appétissant je te l’accorde). Le but est d’avoir tout ce qui est nécessaire au fonctionnement de l’organisme et pour ça, être suivi par un médecin semble le plus sécurisé. Cependant, il a été démontré qu’un mode de vie végane diminuerait les risques de mortalité. Cette philosophie de vie permet en effet de diminuer les problèmes de peau, de diabète, réduire les risques de cancer ou encore de cholestérol.

 Comment est né le mouvement ?

À l’origine, le véganisme est loin d’être une mode. Le mouvement est issu de courants philosophiques grecs : Orphée (avec l’orphisme) et Pythagore (avec le pythagorisme) qui condamnaient le meurtre animal basé sur la croyance de migration des âmes, le karma et l’importance de la vie. La transition se fait donc au Moyen-Âge lorsque l’église arrive au pouvoir.

Par la suite, les pensées d’Aristote et des autres intellectuels grec, selon lesquelles nous sommes « supérieurs » aux animaux, ont été conservés. Manger du steak, du poulet ou du poisson devient tout à fait normal et encouragé ; synonyme d’ascension dans la société et de respect mais il s’agit surtout d’un énorme business.

L’élément déclencheur a lieu dans les années 60 lorsque Pete Singer créé un mouvement de libération animale. Tu l’auras compris, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le véganisme est loin d’être récent. Pourquoi s’apercevoir seulement maintenant de la présence animale dans notre assiette ? Certainement à cause de l’apparition des chiffres : 10 000 milliards d’animaux tués chaque année pour notre consommation provoquant 15% des gaz à effet de serre selon l’ONU.

 D’où vient le déclic ?

Le principal noyau de la tendance est né pour la plupart suite à la diffusion des conditions d’élevage industriel et l’abattage des animaux par l’association L214 Éthique & animaux. Sans oublier la multiplication des actions pour la protection animale. Et pour cause, la majorité des nouveaux véganes auraient eu le déclic lors du visionnage de cette vidéo.

On prête désormais attention à l’envers du décor. En recherchant un peu, on peut s’apercevoir que les Français sont de gros consommateurs de viande et en mangent généralement tous les jours ; elle fait partie des habitudes de composition de repas. Selon les statistiques, chaque français consomme en moyenne 85kg de viande par an soit une quantité disproportionnée quand on sait que dans près de 20 pays en développement, celle-ci est inférieure à 10kg. Les USA battent les records avec en moyenne 120kg de viande consommée par an.

Le plus souvent, il s’agit d’une prise de conscience, d’un souci de bonne santé, de se maintenir en forme mais surtout de défendre la cause animale (pour 48% des gens). On distingue également des raisons sanitaires (concernant l’hygiène de la viande vis-à-vis des maladies), écologiques, économiques et démographiques. Alors évidemment, les actrices, les sportifs, les modèles, l’adoptent et influencent en défendant l’idée que végane rime avec gloire, glamour, succès et bien être.

Mais c’est avant tout un gros changement d’habitudes qui n’a rien à voir avec la célébrité. Et ce ne sont pas les arguments qui manquent pour ceux qui l’ont déjà adopté : récemment la viande rouge est apparue comme aliment cancérigène par l’OMS (organisation mondiale de la santé), l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) nous invite à limiter notre consommation de viande mais celle-ci aurait également un impact sur le réchauffement climatique et l’écologie. Je pense qu’il y a un rapport de culpabilité lié à la justice sociale qui influe beaucoup également.

Génération végane et bonne santé

Depuis quelques temps, la prise de conscience collective voit le jour et apparaissent films, documentaires, magazines, livres et défenseurs de véganisme, d’écologie et d’un mode de vie plus simple et meilleur pour la planète.

On parle d’avenir, de produits « cruelty free » (sans cruauté) et surtout on fait de plus en plus le lien entre l’animal et notre assiette. On privilégie désormais les aliments sources d’énergie, de bienfaits pour le corps, de « bons gras » et qui ne touchent pas les animaux. On recherche la santé alliant la gourmandise.

Les réseaux sociaux et les jeunes sont de plus en plus concernés et sensibilisés par des influenceurs avec des vidéos il faut le dire, pas toujours très préventives et parfois extrêmes.Convaincue par le phénomène, Leslie Vidon, 16 ans et en cours de transition au véganisme. Je voulais alors comprendre comment à seulement 16 ans on pouvait adopter ce mode de vie et si l’influence des réseaux sociaux jouait un rôle important. Leslie est devenue végane par curiosité mais principalement grâce à un élément déclencheur : la youtubeuse beauté végane Georgia Horackova.

 « Elle m’a permis dès le début de faire des bonnes recettes de cuisines mais aussi de m’informer »

Concernant l’influence sur les jeunes, elle pense qu’il est nécessaire d’être vigilant et comprendre l’intérêt pour ne pas se mettre en danger. Aujourd’hui, elle est végétalienne et poursuit sa transition doucement pour faire les choses bien. Pas toujours facile de l’accepter pour les proches qui ne comprennent pas forcément ce changement. Convaincue et motivée, Leslie est persuadée que tout le monde peut devenir végane.

Véganisme et société de consommation

Les produits d’origine animale font partie des habitudes de consommation et nous y sommes conditionnés depuis notre naissance. Ce qui gêne forcément la plupart des gens aujourd’hui concernant le véganisme, c’est bien évidemment le fait de supprimer des aliments synonymes de plaisir. Et pourtant, le végane prend de plus en plus de place et le marché se créé petit à petit.

Comme à chaque tendance, les marques ne perdent pas de temps à enclencher le business et les alternatives fleurissent. Des substituts pour les vêtements sont découverts tel que le cuir d’ananas ou le « tencel » : matière végétale composée de fibres écologiques issues de pulpe de bois d’eucalyptus. Les gammes véganes apparaissent dans les magasins bio très souvent hors de prix malgré une demande croissante.

Tu l’auras certainement remarqué, chaque grande surface propose aujourd’hui un rayon bio/végane/sans gluten. Opération impossible il y a de ça quelques années. L’effet de mode et l’augmentation des adeptes ont bien évidemment développés tout ce système. Naissent alors des « Carrefour Veggie » ou encore « Vegan Deli ». À Paris, environ 2 lieux de restauration véganes ouvrent leurs portes chaque mois, et les sites de e-commerce, les fast food et les salons se développent également comme « Aujourd’hui Demain » dont nous t’avions déjà parlé.

Plus d’infos -> Aujourd’hui Demain, le concept-store 100% végane

Peut-on envisager un avenir 100% végane ?

Alors est ce que nous nous dirigeons vers un mode de consommation entièrement végane ? Personne ne peut le savoir aujourd’hui néanmoins on peut mesurer quelques conséquences.

En terme d’écologie, un monde végane sera bénéfique pour la protection des animaux et la pollution sera fortement réduite puisque l’élevage industriel est beaucoup plus polluant que les transports. Je reste persuadée que nous n’aurons pas autant de ressources dans les années à venir, de ce point de vue il y a de fortes chances que les choses changent.

Dans la même logique que si nous arrêtons de consommer certains animaux, ils auront de grandes chances de disparaître puisque nous avons au départ encouragé leur développement pour la consommation. Selon une étude américaine analysée par le site Quartz, le véganisme n’est d’ailleurs pas une solution durable car il ne permettrait pas de nourrir tout le monde sur le long terme.

En revanche, si la viande, les œufs, le miel, le poisson, le cuir…etc. sont supprimés on supprime inévitablement des emplois, et des marchés : inenvisageable dans un contexte où l’on se bat contre le chômage. On touche aussi au patrimoine alimentaire puisqu’il s’agirait d’éliminer des plats typiquement français comme le bœuf bourguignon par exemple.

Alors, quelle est la solution ? Le mieux n’est-il pas de différencier la souffrance de l’exploitation animale ? Faudra-t-il privilégier une viande de meilleure qualité mais en quantité moindre ? L’avenir nous le dira. Et pourtant, ce ne sont pas les idées qui manquent. Certains proposent d’ailleurs de diminuer simplement notre consommation en mangeant de la viande occasionnellement : il s’agit du flexitarisme. Le principal étant d’avoir une alimentation variée et surtout équilibrée.

Apparaît alors une autre problématique : se soigner. Comment s’assurer que les traitements ne sont pas testés sur les animaux et sont entièrement véganes ? C’est la question que j’ai posé à Cheyma (végane depuis 4ans) et Raphaël (végane depuis 1an et demi) créateurs du concept store « Aujourd’hui Demain ».

 « La seule façon de se soigner en étant sûre de ne pas utiliser de produits testés sur animaux est de se tourner vers des médecines « alternatives », tels que les remèdes à base d’huile essentielle, la naturopathie… Cependant si ces formes de médecines conviennent aux petits maux du quotidien, cela devient plus compliqué lorsqu’il s’agit de soigner des maladies plus « sévères » ou graves, lors d’une hospitalisation par exemple. Il est donc impossible actuellement de contrôler l’éthique de tous les produits utilisés ».

Conclusion

En toute honnêteté, je ne pense pas que ce mode de vie concernera vraiment la France entière. Le véganisme est un sujet qui divise et aurait des conséquences aussi bonnes que mauvaises.

Malgré tout, c’est une tendance positive et surtout complètement respectable si on veille à conserver tout ce dont on a besoin dans notre assiette pour éviter les carences. Le mieux reste à mon avis de diminuer la fréquence de consommation animale par semaine voire par mois pour diminuer le problème majeur : l’impact environnemental.

Tu veux en savoir un peu plus ?

http://www.vegan-france.fr

Je veux voir ça demain

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Par Léa Villemot

16 articles

"L’art est le fruit de la créativité des gens libres"

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